À N’Djamena, l’ouverture du ciel tchadien prend une nouvelle dimension. Le 6 juillet, les autorités chargées des Transports du Tchad et de l’Égypte ont conclu un mémorandum d’entente permettant à trois compagnies égyptiennes de desservir la capitale tchadienne. L’accord, signé en marge de la quatrième Commission mixte de coopération entre les deux pays, prévoit l’arrivée de deux transporteurs spécialisés dans le passager et d’un opérateur dédié au fret. Le nom des deux compagnies de passagers n’a toutefois pas encore été officiellement précisé.
Cette ouverture intervient alors que la desserte internationale du Tchad cherche de nouveaux relais. Le retrait d’Air France en 2025 a contribué à recomposer le paysage aérien de N’Djamena, faisant de la diversification des partenaires une priorité pour les autorités. Dans ce contexte, Le Caire apparaît comme un point d’appui naturel. EgyptAir assure déjà des vols directs entre Le Caire et N’Djamena : les programmes disponibles en juillet 2026 font état de plusieurs rotations hebdomadaires, pour un trajet d’environ quatre heures.
L’enjeu est d’abord commercial. En facilitant les liaisons avec l’Égypte, N’Djamena entend améliorer la mobilité des voyageurs, élargir les possibilités de correspondance au Caire et, potentiellement, accroître la concurrence sur le marché des billets. La mesure pourrait également intéresser une clientèle composée d’étudiants, d’hommes d’affaires, de commerçants et de membres de la diaspora tchadienne utilisant l’Égypte comme plateforme vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
La nouveauté la plus stratégique réside cependant dans le volet cargo. L’autorisation accordée à un transporteur spécialisé dans le fret traduit la volonté de ne plus considérer l’aviation uniquement comme un outil de mobilité. Pour les entreprises tchadiennes, une capacité cargo supplémentaire peut faciliter l’acheminement de marchandises à forte valeur, de pièces détachées ou de produits nécessitant des délais courts. Elle pourrait également soutenir les échanges bilatéraux, aujourd’hui encore limités, en créant un corridor logistique aérien entre les deux marchés.
Cette perspective prend un relief particulier dans un pays qui cherche à diversifier son économie au-delà des hydrocarbures. Le développement de nouveaux partenaires dans les secteurs minier, industriel et commercial suppose en effet des infrastructures logistiques capables d’accompagner les investissements. Le fret aérien ne remplacera pas les corridors routiers et ferroviaires, mais peut constituer un maillon complémentaire pour les produits urgents ou à forte valeur ajoutée.
Pour les compagnies égyptiennes, l’opération présente également un intérêt régional. EgyptAir dessert déjà plusieurs marchés d’Afrique centrale et avait notamment lancé en 2019 une liaison vers Douala via N’Djamena, avant d’étendre son réseau africain. Une présence renforcée au Tchad pourrait donc consolider Le Caire comme plateforme de correspondance entre l’Afrique centrale, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
Reste à transformer l’accord politique en activité commerciale effective. Fréquences, droits de trafic, calendrier de lancement, capacité cargo et conditions tarifaires devront encore être précisés. Pour N’Djamena, le véritable enjeu sera de faire de cette ouverture un levier pour les voyageurs, mais aussi pour les entreprises et les échanges commerciaux. L’arrivée de nouveaux opérateurs pourrait ainsi marquer moins une simple extension du réseau aérien qu’une tentative de repositionnement du Tchad dans les corridors économiques reliant l’Afrique centrale au bassin méditerranéen.
Sorelle Ninguem



