Le Cameroun accélère la mise en place d’un dispositif de suivi de la main-d’œuvre étrangère présente dans les entreprises. Alors que plusieurs secteurs économiques s’appuient sur des compétences internationales, le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop) cherche à disposer d’une base de données complète sur ces actifs. Au 28 juillet 2026, le fichier national recense 11 800 travailleurs étrangers, contre une population estimée à environ 30 000 personnes exerçant une activité professionnelle sur le territoire, soit un taux de couverture administrative de 39,3 %. L’écart, évalué à 18 200 actifs, correspond aux personnes qui ne figurent pas encore dans le fichier officiel du Minefop.
Cette différence ne constitue pas automatiquement une preuve d’emploi irrégulier. Elle traduit principalement un déficit de rapprochement des données entre les administrations en charge de l’emploi, de l’immigration et du séjour des étrangers. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est désormais de disposer d’une cartographie fiable permettant d’identifier les secteurs concernés, les qualifications disponibles et la contribution de cette main-d’œuvre à l’économie camerounaise.
Cette démarche s’inscrit dans une campagne nationale de contrôle lancée le 22 juin 2026 auprès des entreprises publiques, privées, grands projets d’investissement et autres structures employant des travailleurs étrangers. À travers cette opération, le gouvernement veut renforcer la régulation des flux de main-d’œuvre internationale, tout en garantissant aux entreprises un cadre juridique sécurisé pour leurs recrutements et en favorisant l’accès des Camerounais aux opportunités d’emploi.
Selon Jeanine Ngo’o Eba, cette campagne commence à produire des résultats. Les services du Minefop enregistreraient en moyenne une centaine de travailleurs étrangers par jour venus engager des démarches de régularisation. Cette dynamique devra toutefois être consolidée par une distinction claire entre les demandes déposées, les autorisations accordées et les situations effectivement conformes à la réglementation.
Au-delà de la régulation du marché du travail, le contrôle de la main-d’œuvre étrangère représente également une source de recettes pour l’État. Les revenus issus du visa des contrats des travailleurs étrangers sont passés de 5 milliards de FCFA en 2023 à 14,46 milliards de FCFA en 2024, soit une progression de 189,2 %. Cette hausse demeure néanmoins inférieure à l’objectif de 20 milliards de FCFA fixé par les autorités publiques.
La réglementation camerounaise prévoit que tout contrat conclu avec un travailleur étranger doit être visé par le ministre chargé de l’Emploi avant son exécution. Pour les travailleurs non africains, la contribution correspond à deux mois de salaire brut, tandis qu’un régime spécifique est appliqué aux ressortissants africains. Les employeurs qui ne respectent pas ces obligations peuvent être exposés à des sanctions financières. Pour les entreprises, la constitution d’un fichier national complet constitue désormais un enjeu de conformité sociale et administrative. Le gouvernement entend ainsi mieux encadrer la présence des travailleurs étrangers, sécuriser les procédures de recrutement et améliorer la transparence d’un marché de l’emploi appelé à accompagner les ambitions économiques du pays.
Tressy Chouente



