La Société immobilière du Cameroun (SIC) a amélioré ses performances financières en 2025, sans pour autant dissiper les fragilités qui continuent de peser sur son bilan. Selon les états financiers Syscohada arrêtés au 31 décembre 2025, le promoteur public a dégagé un bénéfice net de 878,5 millions FCFA, contre 592,7 millions FCFA en 2024, soit une progression de près de 48 %. Son chiffre d’affaires a également bondi de 3,53 milliards FCFA à 5,02 milliards FCFA, porté par les revenus locatifs et les ventes de logements. Son capital social reste fixé à 75 milliards FCFA.
Cette amélioration masque toutefois un affaiblissement de la performance opérationnelle. La valeur ajoutée recule de 3,96 milliards FCFA à 3,35 milliards FCFA, tandis que l’excédent brut d’exploitation (EBE) chute de 1,46 milliard FCFA à 786,9 millions FCFA, soit une baisse de près de 46 %. Dans le même temps, la trésorerie nette se contracte fortement, passant de 7,47 milliards FCFA à 2,58 milliards FCFA, avec des flux de trésorerie opérationnels toujours négatifs (-465,7 millions FCFA). Une évolution qui montre que la hausse du résultat net ne repose pas uniquement sur la performance courante de l’entreprise.
La principale source d’inquiétude demeure la qualité du patrimoine foncier. Les notes annexes signalent que des terrains d’une valeur de 10,07 milliards FCFA restent inscrits au bilan sans que leur situation juridique soit totalement sécurisée. Le cas le plus significatif concerne le site de Douala II – Camp Yabassi, valorisé à 9,97 milliards FCFA depuis 2010. La SIC indique poursuivre les recherches pour retrouver les titres fonciers ou obtenir, si nécessaire, une compensation de l’État. Pour une société immobilière, ces incertitudes réduisent la lisibilité des comptes et peuvent affecter la valorisation de ses actifs.
Les tensions persistent également sur le recouvrement des créances. Les créances clients progressent de 7,79 milliards FCFA à 9,24 milliards FCFA, sous l’effet des impayés de particuliers et des administrations publiques, notamment le MINHDU, le MINDEF et le MINDCAF. Les créances entièrement dépréciées atteignent 851,6 millions FCFA, tandis que les engagements hors bilan s’élèvent à 40,67 milliards FCFA, hérités d’anciennes opérations d’assainissement financier.
La dépendance de la SIC vis-à-vis de l’État reste également marquée. Les subventions d’investissement diminuent de 33,69 milliards FCFA à 30,71 milliards FCFA, sous l’effet de reprises comptables. Par ailleurs, l’entreprise bénéficie d’une compensation de 3,38 milliards FCFA HT liée aux mesures publiques de régulation des loyers, illustrant une relation où l’État intervient simultanément comme actionnaire, régulateur et soutien financier.
Les états financiers mettent enfin en évidence des insuffisances de contrôle interne. Les avances au personnel ont atteint 1,33 milliard FCFA, contre 463,3 millions FCFA un an plus tôt, avant d’être ramenées à 378,5 millions FCFA en 2026 grâce à une campagne de régularisation. Cette évolution souligne la nécessité de renforcer les procédures de suivi et de justification des dépenses.
En définitive, la SIC clôture l’exercice 2025 sur une progression encourageante de son bénéfice et de son chiffre d’affaires. Mais la baisse de l’EBE, l’érosion de la trésorerie, les créances en hausse, les interrogations sur plus de 10 milliards FCFA d’actifs fonciers et les faiblesses du contrôle interne montrent que le redressement financier reste à consolider. Pour l’entreprise, le véritable défi consiste désormais à sécuriser son patrimoine, améliorer le recouvrement de ses créances et renforcer sa gouvernance afin de transformer cette embellie comptable en un assainissement durable.



