Sidi Ould Tah, president de la Banque africaine de développement (BAD).
Dans un contexte marqué par des besoins croissants en financement du développement, la Banque africaine de développement (BAD) vient d’obtenir un nouveau vote de confiance des marchés internationaux. Fitch Ratings a confirmé la note souveraine maximale « AAA » de l’institution, assortie d’une perspective stable. Cette distinction place la BAD parmi le cercle restreint des banques multilatérales de développement bénéficiant de la meilleure appréciation du risque financier à l’échelle mondiale.
Pour justifier sa décision, l’agence de notation met en avant la robustesse du bilan de la banque, la qualité de sa gouvernance des risques ainsi que le soutien constant de ses principaux actionnaires. Parmi eux figurent plusieurs économies européennes bénéficiant elles-mêmes des meilleures notations financières, notamment l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suisse, la Suède, la Norvège, le Danemark et le Luxembourg.
Cette confirmation intervient alors que la BAD accélère son activité sur le continent. Selon Fitch, les actifs de l’institution ont progressé de plus de 14 % en 2025, portés par une augmentation continue des financements accordés aux États et aux projets structurants. Cette dynamique traduit la volonté de la banque de répondre aux immenses besoins d’investissement de l’Afrique, notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et l’industrialisation.
L’expansion du portefeuille s’accompagne toutefois d’une utilisation plus importante des capacités financières de l’institution. Le ratio de fonds propres utilisables sur actifs pondérés en fonction des risques est ainsi passé de 59 % en 2024 à 57 % en 2025. Une évolution que Fitch juge maîtrisée et compatible avec le maintien d’une excellente capitalisation.
L’agence relève également que la qualité du portefeuille demeure solide malgré l’exposition de la banque à plusieurs emprunteurs souverains africains. La BAD continue de bénéficier de son statut de créancier privilégié, un avantage stratégique qui lui permet de maintenir un faible niveau de risque. Même dans des contextes budgétaires difficiles, les États africains honorent généralement leurs engagements envers l’institution.
Cette reconnaissance intervient quelques semaines après le lancement de la Nouvelle architecture financière africaine de développement (NAFAD), une initiative destinée à mieux coordonner les institutions financières du continent. Porté par le président de la BAD, Sidi Ould Tah, ce dispositif ambitionne de mobiliser davantage l’épargne africaine, de renforcer les mécanismes de partage des risques et de réduire le coût du capital, souvent considéré comme l’un des principaux freins à l’investissement en Afrique.
Dans la même logique, la BAD a récemment annoncé un investissement de 125 millions de dollars dans ATIDI, l’assureur panafricain spécialisé dans la couverture des risques politiques et commerciaux. Cette opération vise à renforcer les garanties offertes aux investisseurs et à faciliter le financement de projets à forte valeur ajoutée sur le continent.
La reconduction du triple A constitue ainsi bien plus qu’une performance financière. Elle permet à la BAD d’emprunter sur les marchés internationaux à des conditions avantageuses et de répercuter cet avantage sur les pays africains. Un levier essentiel alors que le déficit annuel de financement du développement en Afrique est estimé à plus de 400 milliards de dollars. Dans cette course aux capitaux, la crédibilité financière de la BAD demeure l’un de ses principaux atouts pour accompagner la transformation économique du continent.



