Dr George Elombi, President d’Afreximbank
Avec cette première notation, Afreximbank franchit un cap important dans sa relation avec les marchés financiers internationaux. La note BBB+, classée en catégorie « investissement », confirme la perception d’une institution jugée suffisamment solide pour attirer des capitaux à des conditions favorables. Elle intervient dans un contexte où les banques africaines cherchent à diversifier leurs sources de financement face à des besoins croissants sur le continent.
S&P met en avant le rôle structurant de la banque dans le financement du commerce intra-africain et son soutien aux économies en période de tension. L’institution s’est imposée comme un acteur clé lors des chocs récents, facilitant l’accès au financement pour plusieurs États et entreprises africaines confrontés à des restrictions de liquidité sur les marchés internationaux.
Les indicateurs financiers confirment cette montée en puissance. Les actifs de la banque sont passés de 7,1 milliards de dollars en 2015 à 42,3 milliards en 2025, tandis que ses fonds propres ont bondi de 1,3 milliard à 8,4 milliards de dollars sur la même période. Cette trajectoire illustre l’expansion rapide de ses activités dans le financement du commerce, des infrastructures et de l’industrialisation africaine.
Cette évaluation contraste fortement avec celle de Fitch Ratings, qui avait abaissé la note de la banque de BBB- à BB+ en janvier 2026. L’agence avait notamment pointé la participation d’Afreximbank à la restructuration de la dette du Ghana, y voyant un affaiblissement de son statut de créancier privilégié et une hausse du risque lié à son modèle d’intervention.
S&P adopte une lecture plus favorable. Tout en reconnaissant l’exposition aux risques souverains, notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique australe, l’agence estime que ceux-ci sont compensés par la solidité du capital, le soutien des actionnaires et le rôle stratégique de la banque dans l’intégration économique du continent.
Cette divergence entre deux grandes agences de notation ravive les critiques sur les méthodologies appliquées aux institutions africaines. Plusieurs experts, dont Misheck Mutize du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), interrogent la cohérence des évaluations et relancent le débat sur la « prime de risque africaine » appliquée aux émetteurs du continent.
Au-delà du débat technique, l’enjeu est stratégique. Avec cette note BBB+, Afreximbank consolide sa crédibilité sur les marchés internationaux à un moment où le continent fait face à un déficit de financement estimé à plus de 400 milliards de dollars par an, notamment pour accompagner la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
En confortant son accès aux capitaux, la décision de S&P renforce ainsi la position d’Afreximbank comme acteur central du financement du développement africain, tout en alimentant un débat plus large sur la manière dont le risque africain est perçu et évalué à l’échelle mondiale.



