La suspension de cette usine stratégique intervient dans un contexte où l’industrie du ciment joue un rôle central dans les dynamiques de construction et d’aménagement du territoire. À Figuil, l’impact est immédiat : salariés en incertitude, sous-traitants ralentis, distributeurs confrontés à une raréfaction progressive du produit sur les marchés du Grand Nord. L’économie locale, fortement structurée autour de l’activité de la cimenterie et de la carrière de Bidzar, se retrouve mécaniquement sous pression.
À l’origine de cette paralysie, les contraintes du système électrique régional. Le barrage hydroélectrique de Lagdo, principale source d’alimentation du Réseau Interconnecté Nord, enregistre une baisse critique de son niveau d’eau en raison d’un déficit pluviométrique dans le bassin de la Bénoué. Cette situation réduit la capacité de production et oblige les opérateurs du réseau à procéder à des arbitrages d’alimentation, au détriment des industriels les plus énergivores.
Pour CIMENCAM, les conséquences sont structurelles. L’usine requiert environ 5,5 mégawatts pour fonctionner normalement, alors que les solutions de secours disponibles ne permettent de mobiliser qu’environ 2,2 mégawatts. Cet écart rend impossible la continuité des opérations industrielles, provoquant un arrêt total des lignes de production et une rupture dans la chaîne d’approvisionnement.
Au-delà de l’usine, c’est toute une économie territoriale qui se retrouve déséquilibrée. La carrière de Bidzar, fournisseur de matière première, est également à l’arrêt, accentuant l’effet domino sur les activités logistiques, de transport et de distribution. Dans une région où les opportunités industrielles restent concentrées autour de quelques pôles, la fermeture temporaire d’un acteur majeur se traduit par une contraction rapide de l’activité économique.
Sur le plan national, l’épisode met en évidence la dépendance persistante de l’industrie camerounaise à des infrastructures énergétiques fragiles et peu diversifiées. Le Grand Nord, pourtant identifié comme un territoire à fort potentiel de développement industriel, demeure particulièrement exposé aux variations hydrologiques et aux limites structurelles du réseau électrique. Cette vulnérabilité pose la question de la soutenabilité des investissements industriels dans les zones à forte contrainte énergétique.
Pour les opérateurs économiques, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, l’arrêt de Figuil crée un déséquilibre temporaire entre offre et demande de ciment. Les tensions sur les prix, les délais d’approvisionnement et les coûts logistiques pourraient s’intensifier si la situation venait à se prolonger, affectant l’ensemble de la chaîne de valeur de la construction.
À l’échelle de l’Afrique centrale, ce type de choc industriel rappelle une problématique récurrente : la corrélation directe entre sécurité énergétique et performance économique. Plusieurs pays de la sous-région font face à des contraintes similaires, où la dépendance à des sources uniques de production électrique limite la résilience des économies face aux aléas climatiques.
Dans ce contexte, la situation de CIMENCAM Figuil dépasse le seul cadre d’une entreprise à l’arrêt. Elle devient un révélateur des fragilités structurelles de l’industrialisation régionale, où la continuité de la production dépend encore fortement de la stabilité des infrastructures de base. Pour le Cameroun, la capacité à rétablir rapidement l’activité du site conditionnera non seulement la préservation de l’emploi local, mais aussi la crédibilité de sa trajectoire industrielle dans les zones septentrionales.



