Vue aerienne du barrage hydroelectrique de Natchigal.
La centrale de Nachtigal marque un tournant dans le mix énergétique du Cameroun. Avec 3 613 785 MWh produits en douze mois, soit environ 3,6 TWh, elle s’impose comme la principale source d’électricité du pays et l’un des plus importants projets hydroélectriques d’Afrique centrale. Dotée de sept groupes de 60 MW, elle représente à elle seule une capacité installée de 420 MW, censée répondre à une part significative de la consommation nationale.
Sur le plan opérationnel, les performances affichées par NHPC sont jugées élevées. Le taux de disponibilité dépasse 94 % et les opérations de maintenance atteignent près de 99 %, confirmant la robustesse industrielle de l’ouvrage. Pourtant, ces indicateurs contrastent avec la réalité vécue dans plusieurs villes, où les coupures d’électricité persistent malgré l’augmentation de l’offre disponible.
Le décalage s’explique par la structure du système électrique. L’électricité produite à Nachtigal est évacuée via une ligne de transport de 225 kV sur 51 km jusqu’au poste de Nyom II, dans la périphérie de Yaoundé. À partir de ce point, la responsabilité bascule vers les opérateurs du transport et de la distribution, dont les capacités restent limitées face à l’augmentation des volumes injectés.
Les acteurs du secteur rappellent que NHPC assure uniquement la production. L’énergie générée doit être consommée immédiatement dans un système au fil de l’eau, sans possibilité de stockage significatif. Cette contrainte impose une coordination fine entre producteurs, transporteurs et distributeurs afin d’assurer l’équilibre du réseau en temps réel.
Dans les faits, les dysfonctionnements observés traduisent un déficit d’infrastructures intermédiaires. Les lignes de transport saturées, les postes de transformation insuffisants et les contraintes de distribution urbaine limitent la capacité du réseau à acheminer toute l’électricité disponible vers les consommateurs finaux.
Ce déséquilibre met en évidence une évolution du problème énergétique camerounais. La contrainte principale ne réside plus uniquement dans la production, mais dans l’intégration et la gestion du réseau. L’augmentation de l’offre, avec Nachtigal comme pilier, déplace le débat vers la modernisation des infrastructures de transport et la gouvernance opérationnelle du système électrique.
La structure institutionnelle accentue cette complexité. La production est assurée par NHPC, le transport par la société nationale dédiée, tandis que la distribution dépend d’un opérateur distinct. Cette segmentation rend indispensable une coordination étroite pour éviter les pertes d’efficacité entre production et consommation effective.
À cette fragilité technique s’ajoute une contrainte financière. Le secteur électrique reste exposé à des tensions de trésorerie et à des impayés qui fragilisent la maintenance et les investissements. La soutenabilité du système dépend ainsi autant de la performance industrielle que de la stabilité financière de l’ensemble de la chaîne.
L’entrée en régime de Nachtigal constitue donc une avancée majeure pour le Cameroun, mais elle souligne un enjeu plus large : sans renforcement des réseaux de transport et de distribution, et sans meilleure coordination entre acteurs, une part importante de la production électrique risque de ne pas se traduire par une amélioration tangible du service pour les ménages et les entreprises.



