Mamdou Coulibaly, responsable pays du Groupe de la Banque africaine de développement en Centrafrique (à droite) et Félix Landry Ndjoumé, directeur général d’Ecobank Centrafrique, échangent les parapheurs après la signature de l’accord de garantie.
À Bangui, l’accord signé entre le Groupe de la Banque africaine de développement et Ecobank Centrafrique illustre les efforts croissants des institutions financières africaines pour soutenir les économies fragiles et enclavées du continent. Avec cette facilité de garantie de transactions de 5 millions d’euros, soit environ 3,27 milliards de FCFA, la banque panafricaine entend renforcer les capacités de financement du commerce dans l’un des marchés les plus contraints d’Afrique centrale.
Dans un pays où les coûts logistiques demeurent parmi les plus élevés de la sous-région et où l’accès aux marchés internationaux reste limité, ce type de garantie permet aux banques locales de sécuriser davantage leurs opérations de commerce extérieur. L’objectif consiste notamment à faciliter les importations de produits stratégiques : équipements agricoles, intrants industriels, matériels de télécommunication ou encore biens nécessaires aux activités manufacturières locales.
Pour Ecobank Centrafrique, cette enveloppe représente un levier destiné à soutenir les entreprises locales confrontées à des difficultés chroniques de financement. « Cette facilité s’inscrit dans la stratégie du Groupe Ecobank visant à renforcer le financement du commerce international », a expliqué Félix Landry Ndjoumé, directeur général de la filiale centrafricaine.
Dans l’économie centrafricaine, les petites et moyennes entreprises restent largement dépendantes du financement bancaire pour accéder aux marchés régionaux et internationaux. Pourtant, selon la Banque mondiale, à peine 22 % des PME et PMI disposent d’un accès formel au crédit. Faible bancarisation, importance du secteur informel et déficit de garanties continuent d’alimenter la prudence des établissements financiers.
Pour la BAD, ce partenariat traduit une volonté de renforcer le rôle du secteur privé dans une économie encore fortement dépendante des financements internationaux et de l’aide extérieure. « La Banque africaine de développement réaffirme son engagement à accompagner le développement du secteur privé centrafricain », a indiqué Mamadou Coulibaly, responsable pays de l’institution.
Cette opération s’inscrit également dans une stratégie plus large déployée par la BAD à travers plusieurs marchés africains. Ces derniers mois, l’institution a multiplié les mécanismes de garanties destinés à soutenir le commerce intra-africain et à renforcer la résilience des systèmes bancaires régionaux face aux tensions économiques mondiales.
Dans ce paysage bancaire encore étroit, Ecobank Centrafrique s’est progressivement imposée comme l’un des principaux acteurs du crédit dans le pays. Selon les données de la Banque des États de l’Afrique centrale, l’établissement détenait environ 24,04 % des financements distribués à l’économie centrafricaine en 2024, confirmant son poids croissant dans le financement des entreprises locales.
Au-delà des chiffres, cet accord met surtout en lumière les défis structurels auxquels reste confrontée la République centrafricaine. Pays enclavé, dépendant des corridors logistiques régionaux et confronté à un environnement économique fragile, la RCA cherche à stimuler son tissu entrepreneurial afin de soutenir une croissance encore vulnérable aux chocs sécuritaires et extérieurs.
Pour Bangui, l’enjeu dépasse désormais le seul financement bancaire. Il s’agit aussi de créer les conditions d’une meilleure intégration commerciale dans l’espace Cemac et de permettre aux entreprises locales d’accéder plus facilement aux chaînes d’approvisionnement régionales et internationales.



