Sous le ciel humide de Kribi, les gigantesques grues portuaires dominent les quais où s’alignent des milliers de conteneurs multicolores. À plusieurs mètres au-dessus du terminal, les portiques automatisés déplacent sans interruption d’imposantes cargaisons venues d’Asie, d’Europe ou d’autres ports africains. Au loin, la silhouette monumentale du MSC Türkiye capte tous les regards. Long de 400 mètres et capable de transporter jusqu’à 24 000 EVP, le navire figure parmi les plus grands porte-conteneurs au monde. Un an après sa première escale au Cameroun, le géant des mers est devenu un visiteur régulier des installations portuaires de Kribi.
Le 8 mai 2025 marquait une étape symbolique pour le terminal à conteneurs camerounais avec l’arrivée de ce navire Megamax au Terminal 2 exploité par Kribi Conteneurs Terminal (KCT). Depuis, les rotations se sont intensifiées. Désormais, ces mastodontes maritimes accostent plusieurs fois par mois aux côtés des navires des grandes compagnies internationales comme CMA CGM, confirmant l’intégration progressive de Kribi dans le cercle restreint des grandes plateformes portuaires africaines capables d’accueillir ce type de bâtiments.
Dans les salles de supervision du terminal, les écrans affichent en temps réel les mouvements des navires, les opérations de chargement et les flux logistiques régionaux. Pour les responsables de KCT, cette montée en puissance traduit une mutation profonde du rôle du port camerounais dans les échanges maritimes du golfe de Guinée. En l’espace d’un an, le terminal a traité près de 750 000 EVP à travers plus de 370 escales maritimes, soit une progression de 82 % des volumes manutentionnés.
Cette croissance spectaculaire repose essentiellement sur le développement du transbordement régional. Aujourd’hui, près de 70 % des conteneurs traités à Kribi sont redistribués vers d’autres ports d’Afrique centrale et de la côte ouest-africaine. Une partie importante des flux concerne également le marché camerounais, notamment Douala, mais aussi des destinations comme l’Angola, le Nigeria ou encore le Congo.
Dans les zones de stockage, les mouvements incessants de camions témoignent de cette activité croissante. Chaque mois, des centaines de conteneurs transportant du bois, des produits industriels ou des marchandises diverses transitent vers les pays voisins. Les premiers flux miniers commencent également à apparaître avec les exportations liées au projet de minerai de fer de Grand Zambi.
Au-delà des performances commerciales, l’expansion du terminal transforme progressivement l’économie locale. Depuis la mise en service du Terminal 2, KCT revendique plus de 430 emplois directs et plus d’un millier d’emplois indirects générés autour des activités portuaires, logistiques et industrielles.
Face à cette croissance soutenue, les responsables du terminal préparent déjà une nouvelle phase d’extension. Dans les prochaines semaines, les travaux d’agrandissement des espaces de stockage devraient démarrer sur huit hectares supplémentaires. L’investissement, estimé entre 25 et 30 millions d’euros, doit permettre d’augmenter considérablement les capacités du terminal afin d’atteindre à terme un volume annuel proche du million d’EVP.
Mais derrière cette dynamique, plusieurs fragilités persistent. Principal axe de desserte du port vers l’hinterland, la route Kribi-Edéa reste fortement dégradée, compliquant le transport des marchandises vers Yaoundé, le Tchad ou la République centrafricaine. Quant au projet ferroviaire destiné à connecter le port aux grands corridors régionaux, il demeure encore au stade préparatoire.
Dans les milieux portuaires et logistiques, beaucoup estiment désormais que l’avenir de Kribi dépendra autant de la modernisation des infrastructures terrestres que des performances maritimes du terminal. Car si le port attire déjà les plus grands navires du commerce mondial, la compétitivité durable de la plateforme camerounaise passera inévitablement par une amélioration rapide des corridors routiers et ferroviaires reliant le littoral aux marchés de l’Afrique centrale.



