Le marché camerounais de l’huile de palme est confronté depuis plusieurs années à un déséquilibre entre l’offre locale et la demande industrielle. Selon le ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, le pays consomme environ 250 000 tonnes d’huile de palme par an, alors que la production nationale ne dépasse pas 150 000 tonnes. Cette situation entraîne une dépendance accrue aux importations, principalement en provenance d’Asie du Sud-Est et d’Afrique de l’Ouest, pour approvisionner raffineries et savonneries.
Dans ce contexte, le groupe Fotso Jean II, reconnu pour sa marque Star Oil et ses activités dans la transformation des oléagineux, a obtenu l’accord officiel des autorités camerounaises pour le développement d’une palmeraie industrielle de 25 000 hectares à Yoko, dans le département du Mbam-et-Kim, région du Centre. La signature du protocole d’accord le 19 mars 2026 avec le Minader engage l’État à fournir le foncier nécessaire, faciliter l’implantation auprès des autorités locales et examiner les plans techniques et financiers du projet.
SCS ALID, filiale du groupe en charge du projet, prévoit d’investir 39,4 milliards FCFA, avec l’appui de partenaires financiers comme la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC). L’investissement couvrira l’aménagement des plantations et la construction des infrastructures industrielles de transformation. Les premières récoltes sont attendues à partir de la sixième année, avec un rendement initial estimé à 60 000 tonnes, atteignant jusqu’à 216 000 tonnes à pleine maturité, vers la huitième année. Ce projet pourrait réduire d’environ 40 % les importations nationales et contribuer à stabiliser le marché intérieur.
L’impact économique est également significatif sur le plan social. Le projet devrait créer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects pour les populations locales et renforcer la dynamique agricole régionale. « Nous souhaitons que cette initiative profite à l’économie locale, tout en garantissant une production durable et responsable », a déclaré Edith Rachelle Fotso, présidente du conseil d’administration du groupe, lors de la signature. Les standards internationaux de durabilité seront appliqués, notamment en matière de reboisement, de gestion de l’eau et de protection de la biodiversité.
Le projet s’inscrit dans la stratégie d’intégration industrielle du groupe, qui vise à consolider sa position nationale et à préparer une expansion régionale. Avec la récente inauguration d’une raffinerie à Douala de 500 tonnes par jour, le groupe montre sa capacité à sécuriser les volumes industriels tout en répondant aux besoins croissants des consommateurs et des industries utilisatrices. La stratégie nationale de développement du secteur rural 2020-2030 prévoit une augmentation de la production d’huile de palme de 600 000 tonnes à l’horizon 2030, et le projet de Yoko constitue une étape clé pour atteindre cet objectif et renforcer la sécurité alimentaire.
Au-delà de l’industrialisation, cette initiative envoie un signal fort aux investisseurs privés et publics, démontrant que le secteur oléagineux camerounais peut générer de la valeur ajoutée, soutenir l’emploi et promouvoir une production durable et compétitive. L’alliance entre acteurs privés, pouvoirs publics et partenaires financiers régionaux illustre un modèle de coopération pour sécuriser les filières stratégiques et stimuler l’économie agricole du pays.



