(LVDE) — Le géant historique de la distribution gabonaise traverse une crise persistante. Pour la cinquième année d’affilée, Ceca-Gadis enregistre un recul de 12 % de son chiffre d’affaires, reflet d’un modèle économique fragilisé, d’une concurrence accrue et de la réduction du soutien étatique. Alors que le secteur de la distribution moderne au Gabon progresse de 9 %, l’enseigne peine à s’adapter aux mutations du marché et à ses propres contraintes structurelles.
Le leader historique de la distribution gabonaise, Ceca-Gadis, connaît une contre-performance inédite qui s’inscrit désormais dans la durée. Avec un chiffre d’affaires de 156 milliards FCFA en 2025, le groupe enregistre une baisse de 12 % par rapport à l’exercice précédent, marquant la cinquième année consécutive de recul de ses revenus. Ce déclin ne se limite pas à une simple contre-performance commerciale : il traduit l’affaiblissement d’un modèle hybride basé sur la péréquation entre hypermarchés urbains rentables et magasins provinciaux déficitaires.
La principale cause de cette hémorragie financière réside dans la réduction progressive du soutien étatique. Longtemps bénéficiaire de facilités logistiques et fiscales pour approvisionner les zones reculées via ses enseignes Cecado et Gaboprix, Ceca-Gadis fait désormais face à des coûts opérationnels élevés qui grèvent ses marges. Sur la dernière décennie, le groupe a perdu près de 70 milliards FCFA de revenus, passant de 224 milliards en 2015 à 156 milliards aujourd’hui.
La concurrence, de plus en plus dynamique, accentue les difficultés. Des acteurs tels que Prix Import et les enseignes spécialisées du type SANgel ont réussi à séduire la classe moyenne urbaine grâce à une optimisation des coûts et une offre plus adaptée aux besoins du consommateur moderne. Ceca-Gadis, en revanche, pâtit d’une masse salariale rigide et d’un réseau de magasins vieillissant, incapables de rivaliser sur les prix et l’expérience client. Cette pression a entraîné une baisse de 18 % du résultat net en 2024 et a contraint la direction à annoncer la fermeture de 43 magasins sur les 103 que comptait le réseau.
Face à cette crise, l’entrée de l’État à hauteur de 35 % dans le capital en début 2024 constitue une mesure d’urgence, mais ses effets se font encore attendre. Le plan de relance « Excellence 2024-2027 » mise sur une digitalisation accrue, la modernisation des hypermarchés urbains et la réduction drastique de la voilure provinciale pour retrouver la rentabilité. L’objectif est de transformer Ceca-Gadis, longtemps perçue comme un outil de cohésion sociale, en une structure commerciale performante capable de rivaliser avec les nouveaux entrants.
Pourtant, le secteur de la distribution moderne au Gabon continue de croître, porté par des enseignes plus agiles et décomplexées, affichant une progression moyenne de 9 % par an selon les données de l’Observatoire gabonais du commerce et des services. La situation de Ceca-Gadis illustre les difficultés de mutation des acteurs historiques face à des concurrents adaptatifs et à un marché en pleine recomposition, où rentabilité et compétitivité sont désormais les maîtres mots.
Sorelle Ninguem



