Premier Pont sur la Dibamba
(LVDE) — À l’entrée Est de Douala, un projet d’infrastructure stratégique refait surface. Le groupe canadien Magil Construction propose désormais d’assurer non seulement la réalisation mais aussi le financement du second pont sur la Dibamba, pour un montant estimé à 59 milliards FCFA. Une offre qui pourrait débloquer un chantier attendu depuis plusieurs années.
Le 24 février 2026, dans les bureaux du ministère des Travaux publics à Yaoundé, les discussions ont franchi un nouveau cap autour du projet du second pont sur la Dibamba. Face au ministre Emmanuel Nganou Djoumessi, le représentant de l’entreprise canadienne, Ralph Tropea, est venu formaliser une proposition structurée autour d’un montage dit EPC+F, intégrant ingénierie, exécution et mobilisation des financements. L’objectif affiché est d’accélérer le démarrage des travaux sans alourdir immédiatement la trésorerie publique.
Selon des sources proches du dossier, l’enveloppe avancée avoisinerait 59 milliards FCFA, un montant cohérent avec les premières évaluations techniques du projet. Cette initiative intervient alors que le schéma de financement initial, évalué à 85,5 milliards FCFA et annoncé en 2021 avec l’appui de Standard Chartered Bank à Londres, n’a pas abouti. L’absence de bouclage financier a contribué à ralentir la concrétisation de cette infrastructure pourtant jugée prioritaire.
Sur le terrain, l’urgence est palpable. L’actuel pont sur la Dibamba, long de plus de 400 mètres et mis en service il y a plus de quatre décennies, supporte un trafic intense de poids lourds reliant Douala à Yaoundé et au port en eau profonde de Kribi. Des opérations de maintenance ont été engagées à la suite de vibrations signalées par les usagers. Les autorités assurent que des expertises techniques sont en cours afin de garantir la sécurité des automobilistes.
La construction d’un second ouvrage s’inscrit dans le prolongement des travaux d’aménagement de la pénétrante Est de Douala, maillon clé de la nationale N3. Cet axe dessert non seulement la capitale politique, mais aussi les corridors Douala–N’Djamena et Douala–Bangui. D’après les données des Douanes camerounaises, ces couloirs logistiques drainent chaque année environ 350 milliards FCFA de marchandises à destination du Tchad et 55 milliards FCFA vers la République centrafricaine, confirmant le rôle central de Douala dans les échanges sous-régionaux.
Pour les autorités, le nouveau pont permettrait de fluidifier la circulation, de réduire les embouteillages chroniques à l’entrée Est et de sécuriser le transit des marchandises. Le ministère examine actuellement la compatibilité de la proposition avec les plafonds budgétaires 2026-2027 et les règles d’endettement public. Si l’offre est validée, le chantier pourrait démarrer à l’issue de la deuxième phase de la pénétrante Est, annoncée pour mi-2026.
Au-delà du simple ouvrage d’art, le projet symbolise les défis de financement des infrastructures en Afrique centrale, où les partenariats intégrant capitaux privés et expertise technique apparaissent de plus en plus comme des alternatives aux circuits classiques de financement souverain.
Raphael Mforlem



