À Bruxelles, le 6 octobre, Maria van der Hoeven a pris les commandes du conseil d’administration de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) pour la période 2026-2029. L’ancienne ministre néerlandaise succède à Helen Clark, qui dirigeait l’organe depuis 2019, au moment où l’organisation veut adapter ses exigences à une industrie des ressources naturelles en pleine mutation. Sa première équation sera de transformer les engagements de transparence en changements tangibles dans les pays producteurs.
Car l’ITIE ne se limite plus à rapprocher les paiements des compagnies pétrolières et minières des recettes déclarées par les États. La norme 2023 couvre désormais un spectre beaucoup plus large : licences et contrats, production et exportations, participation de l’État, entreprises publiques, bénéficiaires effectifs, revenus en nature, coûts des projets et enjeux liés à la transition énergétique. Pour sa nouvelle présidente, l’un des défis sera donc de rendre ces données réellement exploitables par les citoyens, les entreprises et les décideurs.
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Cette exigence prend une résonance particulière en Afrique centrale. Le Cameroun et la République centrafricaine sont actuellement suspendus de l’ITIE pour insuffisance d’engagement des parties prenantes. La RCA a obtenu 45 points lors de sa Validation de 2024, un niveau jugé faible, entraînant sa suspension. Le Cameroun figure lui aussi parmi les pays suspendus, tandis que les prochaines étapes de Validation sont désormais programmées en janvier 2028 pour Yaoundé et en avril 2028 pour Bangui.
Le calendrier régional ajoute de la pression. Le Tchad, qui avait obtenu 64,5 points en 2022, doit entamer une nouvelle Validation en avril 2027. La République du Congo suivra en juillet de la même année. Le Gabon, de son côté, a obtenu 73,5 points lors de sa Validation de 2025, soit un niveau de progrès « modéré ». Ces écarts montrent la difficulté de construire une discipline commune de transparence dans une sous-région où les trajectoires institutionnelles et extractives restent très différentes.
Pour la nouvelle présidente, le défi sera également d’accompagner l’élargissement de la transparence vers les minerais critiques et la transition énergétique. L’ITIE veut désormais mieux documenter les réserves, les investissements des entreprises publiques, les émissions, les politiques de transition et les conditions économiques des projets extractifs. La publication des bénéficiaires effectifs constitue un autre chantier sensible : l’objectif est d’identifier les personnes qui contrôlent réellement les sociétés actives dans les secteurs pétrolier, gazier et minier.
Dans ce nouvel environnement, la transparence des contrats devient elle aussi stratégique. La norme ITIE exige la divulgation des contrats et licences conclus ou modifiés depuis janvier 2021, avec l’objectif de permettre au public de connaître les droits et obligations attachés aux projets extractifs. Cette visibilité doit notamment aider à apprécier les revenus attendus de l’État, les engagements des entreprises et les risques liés aux montages contractuels.
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Le parcours de Maria van der Hoeven constitue précisément l’un de ses atouts. Née en 1949 aux Pays-Bas, elle a été députée avant d’occuper le portefeuille de l’Éducation, de la Culture et des Sciences de 2002 à 2007, puis celui des Affaires économiques jusqu’en 2010. Elle a ensuite dirigé l’Agence internationale de l’énergie de 2011 à 2015, expérience qui l’a placée au cœur des questions de sécurité énergétique, de marchés de l’énergie et de transition bas carbone.
C’est cette trajectoire, à la croisée de la politique publique, de l’énergie et de la coopération internationale, que Maria van der Hoeven devra désormais mettre au service d’une organisation réunissant gouvernements, entreprises et société civile. À 77 ans, la nouvelle présidente de l’ITIE hérite ainsi d’un mandat où la transparence devra dépasser la publication de chiffres pour devenir un véritable outil de gouvernance, de responsabilité et de création de valeur autour des ressources naturelles.
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Anatole Bidias



