(LVDE) – Après avoir déclaré infructueux, le 18 août 2026, deux appels internationaux destinés à trouver des partenaires pour Nkamouna et Akonolinga, la SONAMINES ouvre des négociations directes. Deux actifs miniers stratégiques, mais dont les risques techniques, économiques et juridiques restent élevés.
Le Cameroun change de méthode pour tenter de débloquer deux dossiers miniers parmi les plus prometteurs, mais aussi les plus anciens du pays. Après l’échec de deux appels internationaux à manifestation d’intérêt lancés en janvier 2026, la Société nationale des mines (SONAMINES) se dit désormais prête à négocier directement avec des investisseurs disposant de capacités techniques et financières avérées. Les deux opérations concernent le gisement polymétallique de Lomié-Nkamouna, dans l’Est, et le bloc rutilifère d’Akonolinga, dans le Centre.
Le constat officiel est sans ambiguïté : aucune candidature n’a satisfait aux critères de sélection des deux procédures. La SONAMINES ne renonce toutefois pas à ses actifs. Elle recherche désormais des partenaires capables de finaliser les travaux de recherche, d’actualiser les données techniques et de passer à l’exploitation, dans le respect du Code minier et des standards internationaux. Cette nouvelle approche ne constitue donc ni une attribution de permis ni une garantie de financement, mais une ouverture à des discussions de gré à gré.
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À Nkamouna, l’enjeu est particulièrement important. Les données historiques font état d’environ 121 millions de tonnes de ressources mesurées et indiquées, avec des teneurs moyennes de 0,23 % de cobalt, 0,65 % de nickel et 1,35 % de manganèse. Une ancienne étude de faisabilité évaluait l’investissement initial à environ 617 millions de dollars, soit plus de 300 milliards de FCFA à l’époque. Ces données doivent toutefois être actualisées avant toute décision industrielle.
Le dossier reste également juridiquement sensible. Le permis d’exploitation n°33, attribué à Geovic Cameroon en 2003, a été retiré par le décret présidentiel n°2025/040 du 12 février 2025. La société conteste cette décision et affirme, dans une notification de janvier 2026, que son permis et sa convention minière demeurent valides. Cette position constitue celle de Geovic et ne préjuge pas de l’issue d’un éventuel contentieux.
À Akonolinga, le défi est d’abord économique et environnemental. Après quatre années d’exploration, Eramet a renoncé au projet en octobre 2023, estimant que les conditions économiques ne permettaient pas de soutenir une exploitation industrielle rentable et responsable. Le groupe invoquait notamment la faible teneur du rutile, la faible épaisseur exploitable du gisement et les coûts liés à la gestion de l’eau et des particules ultrafines.
Les travaux réalisés par Eramet avaient néanmoins confirmé un potentiel supérieur à 500 000 tonnes de rutile sur le bloc. Près de 2 000 sondages avaient été réalisés. Le projet initialement envisagé à 100 000 tonnes de rutile par an aurait finalement offert un potentiel d’environ 35 000 tonnes annuelles, selon les données rapportées lors du retrait du groupe. Eramet avait également estimé à 180 millions d’euros l’investissement nécessaire, pour un gain potentiel de seulement 30 millions d’euros sur cinq à six ans.
La nouvelle stratégie de la SONAMINES ressemble donc moins à un simple changement de procédure qu’à un test grandeur nature de l’attractivité minière camerounaise. Pour Nkamouna, il faudra sécuriser le cadre juridique et réactualiser l’équation financière ; pour Akonolinga, convaincre qu’une solution industrielle peut répondre aux contraintes économiques et environnementales identifiées par Eramet. Le prochain partenaire devra ainsi apporter bien plus que des capitaux : une technologie, une expertise minière et une capacité à transformer deux potentiels géologiques en véritables projets industriels.
Amélie Yandal



