La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) explore une évolution stratégique de la gestion de ses réserves de change. L’institution monétaire régionale envisage d’y intégrer le yuan chinois, dans un contexte marqué par le renforcement des relations commerciales entre la Chine et les pays de la CEMAC. Cette réflexion a été évoquée à Yaoundé lors d’une rencontre entre le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, et une délégation de Huawei Digital Finance.
Au centre des échanges figure la nécessité d’adapter les instruments financiers régionaux à la nouvelle configuration des flux commerciaux. La Chine s’impose désormais comme l’un des principaux partenaires économiques de la sous-région, ce qui pousse la BEAC à envisager des mécanismes permettant de mieux capter et sécuriser les transactions liées à ces échanges. L’enjeu est également d’améliorer la traçabilité des paiements entre la CEMAC et les opérateurs chinois, dans un environnement de plus en plus digitalisé.
Sur le plan opérationnel, l’intégration du yuan dans les réserves de change permettrait de réduire les coûts liés aux multiples conversions entre le franc CFA, l’euro, le dollar et la devise chinoise. Ces opérations représentent aujourd’hui une charge significative pour les États importateurs et les opérateurs économiques. La BEAC considère qu’une diversification des devises de réserve pourrait améliorer l’efficacité des échanges et optimiser la gestion des flux financiers régionaux.
Cette réflexion intervient dans un contexte de relative stabilisation des réserves extérieures de la CEMAC. À fin avril 2026, elles s’établissaient à 7 248 milliards de FCFA, en léger recul de 1,6 % sur un an, selon les données de la banque centrale. La BEAC anticipe toutefois une progression à 7 962 milliards de FCFA d’ici la fin de l’année, soit environ 4,72 mois d’importations, contre 4,12 mois un an plus tôt. Ces niveaux demeurent un indicateur central de la stabilité externe du franc CFA, arrimé à l’euro.
Au-delà de la dimension monétaire, l’institution régionale cherche également à renforcer la supervision des flux financiers entre la CEMAC et la Chine. L’objectif est de limiter les circuits informels de transfert et d’améliorer le rapatriement des recettes d’exportation. Dans cette perspective, l’éventuelle intégration du yuan est perçue comme un levier de modernisation des infrastructures financières et de fluidification des paiements internationaux.
Une nouvelle étape pourrait intervenir dans les prochains mois, avec une visite annoncée du gouverneur de la BEAC auprès de la Banque populaire de Chine. Les discussions devraient porter sur les mécanismes de compensation, la gestion des réserves et l’interconnexion des systèmes financiers, dans un contexte où la CEMAC cherche à renforcer son intégration dans les chaînes commerciales mondiales.



