La plateforme de dialogue multi-acteurs sur la durabilité du cacao au Cameroun.
À Yaoundé, la filière cacao camerounaise a engagé une nouvelle phase de concertation avec le lancement des Cocoa Days, une plateforme destinée à structurer un dialogue entre l’État, les partenaires techniques et les acteurs privés autour des défis de durabilité et de compétitivité. Dans un contexte marqué par la pression des normes internationales et la volatilité des marchés, le cacao demeure un pilier stratégique de l’économie nationale, deuxième source de devises après les hydrocarbures.
La cérémonie d’ouverture, présidée par le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana, a réuni les départements ministériels concernés, notamment ceux de l’Agriculture et des Forêts, ainsi que des partenaires internationaux comme l’Union européenne, la FAO, la GIZ et plusieurs représentants de l’industrie mondiale du chocolat, dont Cargill et Barry Callebaut. Cette configuration illustre la volonté de bâtir une approche concertée de la transformation de la filière.
Inscrite dans une dynamique engagée depuis plusieurs années entre Yaoundé et Bruxelles, la rencontre prolonge les « Cocoa Talks » et les « Cocoa Actions » initiés dans le cadre du partenariat avec l’Union européenne depuis 2017. L’objectif affiché est d’accélérer l’adaptation de la chaîne de valeur aux exigences de traçabilité, de lutte contre la déforestation et de durabilité, dans un environnement commercial de plus en plus normé.
Pour les partenaires européens, l’enjeu est double : sécuriser des chaînes d’approvisionnement conformes aux standards environnementaux et accompagner les pays producteurs dans leur transition. Le représentant de l’Union européenne a réaffirmé l’importance stratégique du cacao camerounais, tout en soulignant la nécessité d’améliorer la création de valeur locale et les perspectives économiques pour les producteurs.
Mais c’est surtout la question du revenu agricole qui domine les débats. Le ministre du Commerce a dressé un constat critique des déséquilibres persistants dans la filière, malgré les cycles de réforme engagés depuis une décennie. La volatilité des cours mondiaux continue d’exposer les producteurs à une forte instabilité, tandis que la répartition de la valeur ajoutée reste largement défavorable à l’amont de la chaîne.
Dans son intervention, il a également abordé la question sensible du règlement européen sur la déforestation importée, perçu comme une contrainte majeure pour les producteurs. Tout en reconnaissant la légitimité des objectifs environnementaux, les autorités camerounaises appellent à une meilleure prise en compte des réalités socio-économiques locales, afin d’éviter ce que certains qualifient de « transition à coût unilatéral ».
Pendant trois jours, les Cocoa Days doivent permettre d’identifier des mécanismes plus équilibrés de gouvernance de la filière. Les discussions portent notamment sur la transparence du marché, l’amélioration des revenus producteurs, la conformité environnementale et la structuration d’un nouveau cadre de coopération entre industriels, coopératives et institutions publiques.
L’ambition affichée est de poser les bases d’un pacte renouvelé du cacao camerounais, conciliant exigences de durabilité et impératif de rentabilité. Un équilibre jugé essentiel pour assurer la résilience d’une filière qui reste au cœur des exportations nationales et des équilibres économiques du pays. Tressy Chouente



