L’arrêt de l’usine CIMENCAM de Figuil, dans la région du Nord, a remis au premier plan la question de la sécurité énergétique comme condition essentielle à la continuité de l’activité industrielle au Cameroun. Depuis le 4 juin, le site de production de ciment est à l’arrêt en raison d’une insuffisance d’électricité sur le Réseau Interconnecté Nord (RIN), une situation qui affecte directement les capacités de production de l’entreprise et l’approvisionnement du marché.
Face à cette contrainte, la direction de CIMENCAM a engagé des discussions avec les pouvoirs publics afin d’identifier des solutions de court terme. Reçue le 10 juin à Yaoundé par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, la délégation de l’entreprise a obtenu des assurances quant à la mobilisation de l’État pour faciliter une reprise progressive des activités de l’usine.
À l’origine de cette crise figure la baisse du niveau des eaux du barrage hydroélectrique de Lagdo, principal fournisseur du RIN. La faible pluviométrie enregistrée ces derniers mois dans le bassin de la Bénoué a réduit les capacités de production de l’ouvrage, entraînant des tensions sur l’alimentation électrique des régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord.
Pour CIMENCAM, dont l’usine de Figuil constitue un maillon important de la production nationale de ciment, cette interruption représente un défi opérationnel majeur. Au-delà de l’impact sur la production, l’arrêt du site affecte l’ensemble de la chaîne logistique, depuis l’approvisionnement des distributeurs jusqu’aux projets de construction dépendants de la disponibilité du ciment.
Afin d’atténuer les conséquences de cette situation, le gouvernement a annoncé l’ouverture de concertations avec la SOCADEL pour examiner les possibilités de mise à disposition d’une puissance électrique complémentaire susceptible de permettre une reprise partielle des activités industrielles. En parallèle, les autorités poursuivent le recours à la production thermique pour soutenir le réseau, malgré son coût élevé.
Cette réponse d’urgence s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement des infrastructures énergétiques du septentrion. La mise en service prochaine de la deuxième phase des centrales solaires de Maroua et de Guider devrait contribuer à accroître l’offre disponible. De même, le projet d’interconnexion entre les Réseaux Interconnectés Sud et Nord, dont le taux de réalisation atteint environ 40 %, est appelé à transformer durablement l’équilibre énergétique de cette partie du pays.
Pour CIMENCAM, ces engagements constituent un signal positif dans un contexte où la stabilité énergétique est devenue un facteur déterminant de compétitivité industrielle. Pour le Cameroun, l’épisode rappelle l’importance d’accélérer les investissements dans les infrastructures de production et de transport d’électricité afin de sécuriser l’activité des entreprises.
Au-delà du cas de Figuil, cette situation met en évidence un enjeu partagé par de nombreuses économies d’Afrique centrale : garantir une alimentation énergétique fiable capable d’accompagner l’industrialisation. Dans cette perspective, le dialogue engagé entre l’État et CIMENCAM illustre la volonté des autorités de préserver l’outil de production national et de soutenir les entreprises confrontées à des contraintes conjoncturelles susceptibles d’affecter la croissance et l’emploi.



