À peine installée dans le paysage institutionnel camerounais, la Société camerounaise d’électricité (SOCADEL) affiche déjà ses ambitions. Réuni à Yaoundé pour sa première session, son conseil d’administration a adopté un ensemble de mesures destinées à assurer la continuité du service public de l’électricité tout en préparant la transformation d’un secteur confronté à d’importants défis financiers et opérationnels.
La décision la plus emblématique concerne l’adoption d’un budget équilibré de 630 milliards de FCFA pour l’exercice 2026. Dans cette enveloppe, 375 milliards de FCFA, soit près de 60 % des dépenses prévues, seront consacrés à l’achat, au transport de l’énergie et à l’approvisionnement en combustible. Un arbitrage qui traduit le poids considérable des coûts de production et de sécurisation de l’approvisionnement dans un contexte marqué par une demande électrique en croissance constante.
À ces dépenses de fonctionnement s’ajoutent 74,6 milliards de FCFA destinés aux investissements. L’objectif est double : améliorer la qualité de la desserte électrique et renforcer les capacités techniques du système national. Selon les projections gouvernementales, la demande d’électricité au Cameroun progresse à un rythme supérieur à 6 % par an, portée par l’urbanisation, l’industrialisation et l’essor des usages numériques.
Le budget adopté prévoit également l’apurement progressif des engagements financiers de l’entreprise envers ses fournisseurs et partenaires. Une démarche jugée essentielle pour restaurer la crédibilité financière de la société et sécuriser ses relations avec les différents acteurs de la chaîne énergétique.
Au-delà des chiffres, le conseil d’administration a donné mandat à la direction générale d’engager des discussions avec les bailleurs de fonds nationaux et internationaux. Ces négociations visent à mobiliser de nouvelles ressources pour restructurer la dette du secteur, refinancer la trésorerie et soutenir les investissements futurs.
Cette orientation intervient alors que le financement du secteur électrique demeure l’un des principaux défis des économies africaines. Selon la Banque africaine de développement, les besoins annuels en investissements énergétiques du continent se chiffrent à plusieurs dizaines de milliards de dollars afin d’accompagner la croissance économique et l’accès universel à l’électricité.
Sur le plan institutionnel, le conseil a défini trois chantiers prioritaires : la mise en œuvre de la feuille de route gouvernementale pour le secteur de l’électricité, la réforme de la gouvernance interne et l’élaboration d’un programme de restructuration opérationnelle. Ces orientations s’inscrivent dans le cadre des instructions du président de la République, Paul Biya, visant à améliorer la performance des entreprises publiques stratégiques.
La question de l’approvisionnement a également occupé une place centrale dans les travaux. Face aux difficultés observées dans certaines régions, le conseil a approuvé une augmentation des ressources consacrées au combustible dans le Grand Nord. Il a par ailleurs validé un plan d’urgence destiné à réduire le déficit énergétique dans la région de l’Est et particulièrement à Bertoua, où les besoins des ménages et des activités économiques continuent de croître.
Cette première session a enfin été marquée par plusieurs nominations intérimaires à des postes stratégiques. Brigitte Konso épouse Yanda prend la direction financière, Christian Ekambi Koba les ressources humaines, Léonard Aser Mbong la sûreté et Christian Nola Ze l’innovation et les systèmes d’information. Ces responsables auront la lourde tâche d’accompagner la phase de transition engagée par l’entreprise.
À travers ce premier conseil d’administration, SOCADEL envoie un signal clair : celui d’une entreprise appelée à devenir l’un des principaux instruments de la réforme du secteur électrique camerounais. Entre impératifs financiers, modernisation de la gouvernance et sécurisation de l’approvisionnement, l’enjeu dépasse désormais la seule gestion d’une société publique. Il s’agit de garantir l’énergie nécessaire à la croissance économique du pays et à l’amélioration des conditions de vie des populations.
Anatole Bidias



