Dans la zone fret de l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, les services de la Direction générale des Douanes du Cameroun observent un changement notable depuis l’activation du nouveau dispositif de dédouanement des téléphones portables. En moins de trois semaines, 29 000 appareils ont été officiellement déclarés, un volume jugé significatif par les autorités, qui y voient un signal fort de reprise des opérations formelles dans un secteur longtemps marqué par la contrebande et les importations non contrôlées.
Cette dynamique s’inscrit dans une réforme structurelle visant à moderniser les circuits de contrôle et à digitaliser progressivement la collecte des droits et taxes sur les terminaux numériques. Selon les responsables de l’administration douanière, le nouveau système repose sur une meilleure traçabilité des marchandises et un encadrement renforcé des flux d’importation, notamment au niveau des points d’entrée stratégiques comme Nsimalen.
Sur le terrain, les opérateurs économiques s’ajustent progressivement à ce cadre rénové. Plusieurs importateurs historiques du marché, dont certains disposant de longues années d’expérience dans la distribution de téléphones, confirment avoir engagé des volumes importants dans le processus de régularisation. Si la majorité reconnaît une meilleure structuration du secteur, certains acteurs évoquent néanmoins un ajustement des coûts pouvant influencer les prix de vente au consommateur final.
Face à ces préoccupations, l’administration douanière précise qu’aucune nouvelle taxe n’a été instaurée. Le dispositif repose uniquement sur une optimisation du recouvrement des droits existants et sur une actualisation des bases de calcul, conformément aux dispositions de la loi de finances 2023. L’objectif affiché est de réduire les pertes liées à la fraude tout en renforçant la transparence des opérations d’importation.
Au-delà de l’aspect fiscal, la réforme introduit également une dimension de régulation du marché des télécommunications. Désormais, seuls les terminaux régulièrement dédouanés pourront être connectés aux réseaux des opérateurs agréés. Cette mesure vise à limiter la circulation d’appareils frauduleux et à sécuriser l’écosystème numérique national, dans un contexte où le marché des terminaux mobiles connaît une croissance estimée à plus de 5 % par an en Afrique, selon l’Union internationale des télécommunications.
Sur le plan des recettes, les projections officielles indiquent un potentiel d’environ 25 milliards de FCFA par an générés par ce seul segment, contre environ 1,3 milliard de FCFA auparavant. Cette évolution traduit l’impact attendu de la digitalisation des procédures douanières sur la mobilisation des ressources publiques et la formalisation de l’économie.
À moyen terme, cette réforme s’inscrit dans une stratégie globale de modernisation de l’administration douanière camerounaise. En renforçant le contrôle des flux numériques et en améliorant la fiabilité des données d’importation, l’État entend non seulement optimiser ses recettes, mais aussi structurer durablement un marché devenu stratégique pour la transformation économique nationale.



