Le Fonds routier camerounais entre dans une nouvelle séquence de gouvernance. Par décret signé le 5 novembre 2026, le président Paul Biya a porté William Azebaze Jiofack à la direction générale de cet établissement public, près de seize mois après la réforme qui en a redéfini le statut et les responsabilités. Jusqu’à sa nomination, le nouveau dirigeant exerçait comme attaché au secrétariat général de la présidence de la République, fonction qu’il occupait depuis le 31 août 2022. Cette désignation donne enfin un visage à la nouvelle architecture de gestion voulue par le pouvoir exécutif.
Il succède à Aubin Essaie Moussa, qui dirigeait jusque-là l’organisme avec le titre d’administrateur. Ingénieur de génie civil et ancien directeur des contrats au ministère des Travaux publics, celui-ci avait été confirmé à la suite d’un appel à candidatures, lors d’une session extraordinaire du comité de gestion du 26 avril 2022, après avoir assuré l’intérim. Son départ marque la fin d’une période de gouvernance organisée autour de l’ancien dispositif administratif.
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La mutation institutionnelle remonte au décret n° 2025/293 du 10 juillet 2025. Le texte a transformé le Fonds routier en établissement public à caractère spécial, doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Il substitue un conseil d’administration et une direction générale à l’ancien comité de gestion et à l’administration. Le directeur général est nommé par décret présidentiel pour un mandat de trois ans, renouvelable tacitement deux fois. Cette organisation vise à renforcer la responsabilité de gestion et le pilotage des ressources consacrées au réseau routier.
Le périmètre d’intervention a lui aussi été élargi. Au financement et au règlement des prestations routières s’ajoutent désormais la gestion des péages routiers et autoroutiers non concédés, la collecte de certaines recettes ainsi que la recherche de financements sur les marchés national et international. Les dépenses sont réparties entre trois guichets : Entretien, Études et Investissement, et Indemnisation. Le décret réserve 95 % du budget aux opérations relevant de ces guichets, contre 5 % destinés au fonctionnement, à l’équipement et aux audits. Une répartition qui place l’essentiel des ressources au service des interventions routières.
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La modernisation des péages constitue l’un des premiers dossiers sensibles. En août 2025, le Fonds routier avait lancé un appel à manifestation d’intérêt international pour recruter un consultant chargé de revoir les mécanismes de collecte et de reversement des droits de péage. L’établissement relevait alors des insuffisances de traçabilité des recettes, des risques de fraude et des difficultés de contrôle des exonérations, à partir d’une évaluation conduite avec l’Institut national de la statistique. L’amélioration de la sécurisation des flux représente ainsi un enjeu direct de mobilisation des ressources.
Autre chantier : l’intégration des missions et du patrimoine du Programme de sécurisation des recettes routières (PSRR), dont la dissolution a été prononcée par le décret de juillet 2025. Le texte prévoyait la continuité des activités des deux structures jusqu’à l’installation effective des nouveaux organes de gestion. William Azebaze Jiofack devra donc accompagner ce transfert, veiller à la mobilisation des recettes, contrôler l’éligibilité des dépenses et assurer le paiement des prestations. Sa marge d’action restera encadrée par le conseil d’administration, compétent notamment pour adopter le budget et approuver les comptes. L’installation effective de ce conseil et l’état d’avancement du transfert du PSRR seront déterminants pour mesurer la portée réelle de la réforme.
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Esther Grace



