Sur le réseau électrique camerounais, une liaison de quelques kilomètres concentre les interrogations du régulateur. À Douala, la ligne de transport de 90 kV Logbaba–Bassa 1 a enregistré, en novembre 2025, un taux de pertes actives de 44,7 %, selon l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (ARSEL). Le volume comptabilisé comme perdu atteint 22 326 MWh sur le mois, soit près de neuf fois le seuil technique admissible de 5 % retenu par l’institution. Ces chiffres, publiés dans son rapport d’activités 2025, placent la fiabilité des infrastructures et des systèmes de mesure au cœur des préoccupations.
Longue de seulement 4,131 kilomètres, selon un dossier d’appel d’offres de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) publié en mars 2025, la liaison avait déjà présenté des écarts importants quelques mois plus tôt. En mai 2025, les pertes déclarées s’élevaient à 10 258 MWh, pour un taux de 14,7 %. La hausse observée en novembre souligne la nécessité d’établir si ces écarts traduisent une dégradation physique du réseau ou des erreurs dans le comptage de l’énergie transportée.
Le phénomène ne se limite pas au Littoral. Sur la ligne de 90 kV Garoua–Guider, dans le Nord, les pertes ont oscillé entre 8,2 % et 18,9 % pendant six mois consécutifs. L’ARSEL identifie deux familles de causes possibles : des infrastructures sous-dimensionnées, vétustes ou équipées de conducteurs dégradés, d’une part ; des anomalies de mesure, liées notamment à la synchronisation des compteurs ou à leur étalonnage, d’autre part. Le régulateur ne détermine pas encore la part respective des pertes physiques et des erreurs de comptage.
Pour lever ces incertitudes, l’ARSEL recommande à Sonatrel d’auditer les chaînes de mesure des lignes Logbaba–Bassa 1, Garoua–Guider et Bekoko–Nkongsamba 1. Elle préconise également la vérification, la révision ou le remplacement des compteurs défaillants. Pour les liaisons affichant durablement des pertes élevées, des études techniques doivent déterminer si un renforcement des infrastructures est nécessaire. Ces investigations sont déterminantes pour distinguer les investissements réellement requis des corrections qui relèvent simplement des instruments de mesure.
Lire aussi : ENERGY & PORTS : ARSEL and the Port of Kribi Work Toward Securing Power Supply for the Industrial-Port Zone
À l’échelle nationale, le rendement global du transport électrique s’est établi à 94,6 % en 2025. Les écarts constatés sur certaines lignes constituent donc des anomalies localisées et ne reflètent pas, à eux seuls, la performance de l’ensemble du réseau. Le rapport ne chiffre cependant pas le coût financier des pertes relevées et ne précise ni si les audits recommandés ont commencé ni le calendrier prévu pour corriger les anomalies. Pour Sonatrel, l’enjeu est désormais de fiabiliser les données, d’identifier les causes et de documenter les mesures correctives.
Fabrice Tatisson



