CHRONIQUE — TOME 2
Créer une entreprise est une première victoire. La faire grandir constitue un autre défi. Au Cameroun, de nombreuses PME parviennent à démarrer, mais peu réussissent à franchir le cap qui les sépare des entreprises de grande taille. Entre manque de capitaux, difficultés de management et contraintes structurelles, le passage de la petite entreprise au véritable groupe reste un parcours exigeant.
Les données de l’Institut national de la statistique (INS) montrent pourtant un potentiel de croissance. En 2024, le chiffre d’affaires hors taxes des 1 129 entreprises couvertes par son analyse a progressé de 12,7 %, tandis que les emplois permanents n’ont augmenté que de 2,5 %. Cette évolution rappelle qu’une hausse de l’activité ne se traduit pas automatiquement par une progression équivalente de l’emploi et des capacités productives.
Le financement, premier verrou
Grandir coûte cher. Recruter, acheter des équipements, augmenter les stocks ou ouvrir une nouvelle agence exige des ressources financières importantes. Or, selon l’enquête 2024 de la Banque mondiale auprès de 615 entreprises formelles camerounaises, 40,6 % des dirigeants interrogés citent l’accès au financement comme leur principal obstacle.
Les investissements reposent largement sur les ressources propres des entreprises. Cette dépendance à l’autofinancement limite les ambitions des PME, même lorsqu’elles disposent d’un marché et d’un modèle économique viable. Le paradoxe est réel : pour obtenir des financements, une entreprise doit présenter des garanties et une organisation solides, mais elle a souvent besoin de capitaux pour atteindre ce niveau de maturité.
Du patron à l’organisation
L’argent ne suffit cependant pas. Une entreprise qui dépend entièrement de son fondateur finit par atteindre ses limites. Lorsque le dirigeant contrôle seul les ventes, les finances, les recrutements et les décisions stratégiques, la croissance devient difficile à maîtriser.
Le changement d’échelle suppose une comptabilité fiable, des procédures, des responsables compétents et une gouvernance claire. Il exige également que le promoteur apprenne à déléguer. Pour attirer des investisseurs ou convaincre les banques, l’entreprise doit démontrer qu’elle peut fonctionner efficacement sans reposer sur une seule personne.
À ces défis s’ajoutent les contraintes fiscales, les difficultés de recrutement et les insuffisances d’infrastructures. La Banque mondiale relève notamment que 93,3 % des entreprises interrogées ont subi des coupures d’électricité en 2024. Ces perturbations peuvent désorganiser la production, augmenter les coûts et réduire les marges.
Voir plus loin que le marché national
Devenir un groupe suppose aussi de dépasser les frontières du marché d’origine. La CEMAC offre des perspectives dans l’industrie, l’agroalimentaire, la logistique et les services. Mais l’expansion régionale exige des capitaux, une bonne connaissance des marchés, des équipes structurées et une capacité à gérer les risques.
Le véritable enjeu pour le Cameroun n’est donc pas seulement de multiplier les créations d’entreprises. Il consiste à favoriser l’émergence de PME capables de devenir des entreprises intermédiaires, puis des groupes créateurs d’emplois et de valeur.
Créer est un commencement. Structurer permet de durer. Grandir permet de changer de dimension. Le défi entrepreneurial camerounais est désormais de transformer davantage de petites entreprises en acteurs économiques capables de rivaliser sur les marchés régionaux.
Raphael Mforlem



