CHRONIQUE — TOME 3
Une entreprise peut avoir un bon produit, des clients fidèles et un marché prometteur, puis se retrouver incapable de grandir faute de capitaux. Au Cameroun, ce paradoxe freine encore le développement de nombreuses PME. Pour investir, recruter, moderniser leurs équipements ou conquérir l’Afrique centrale, les entrepreneurs ont besoin d’argent. Mais où le trouver lorsque les bénéfices ne suffisent plus et que le crédit bancaire reste difficile d’accès ?
Les données de l’enquête 2024 de la Banque mondiale auprès de 615 entreprises formelles camerounaises sont révélatrices : 40,6 % des dirigeants interrogés citent l’accès au financement comme leur principal obstacle. Les investissements reposent largement sur les ressources internes, ce qui limite la capacité des PME à accélérer leur développement. Le premier financeur de nombreuses entreprises reste encore leur propre trésorerie.
Le problème ne tient pourtant pas uniquement à la disponibilité de l’argent. Il concerne aussi son coût, sa durée et les conditions d’accès. Une entreprise qui veut construire une usine ou ouvrir une filiale a besoin de capitaux sur plusieurs années. Un crédit trop court peut fragiliser sa trésorerie avant même que l’investissement ne commence à produire ses effets.
Le crédit bancaire demeure indispensable, mais il ne peut constituer l’unique réponse. Les banques évaluent notamment la capacité de remboursement, les garanties et la solidité financière du demandeur. Or, les PME disposent souvent de peu d’actifs mobilisables et d’une comptabilité insuffisamment structurée pour convaincre les financeurs.
Diversifier les sources de financement
Une première solution consiste à renforcer les fonds propres. Le réinvestissement des bénéfices permet de consolider l’entreprise, tandis que l’entrée de nouveaux associés ou d’investisseurs privés peut apporter des ressources supplémentaires. Le capital-investissement et les business angels peuvent également accompagner certaines entreprises à fort potentiel, en contrepartie d’une participation au capital et d’engagements de gouvernance.
Cette ouverture exige toutefois un changement de mentalité. Certains entrepreneurs hésitent à partager le contrôle de leur entreprise. Pourtant, détenir une part d’un groupe en croissance peut offrir davantage de perspectives que conserver seul une entreprise incapable de franchir un nouveau cap. La question n’est pas de céder son capital à tout prix, mais de choisir le financement adapté à son ambition.
D’autres instruments méritent davantage d’attention. Le crédit-bail permet de financer des équipements sans mobiliser immédiatement la totalité de leur prix. Les délais négociés avec les fournisseurs, les avances de clients et les partenariats commerciaux peuvent aussi soulager le besoin en fonds de roulement. Chaque solution doit cependant être évaluée selon son coût et les risques qu’elle fait peser sur l’entreprise.
La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) constitue une autre voie pour les entreprises suffisamment structurées. En avril 2025, ACEP Cameroun a fait admettre à la cote un emprunt obligataire de 5 milliards de FCFA, représenté par 500 000 titres. Cette opération montre que le marché financier régional peut contribuer au financement des acteurs économiques, même si ses exigences réglementaires et financières le rendent moins accessible aux petites structures.
Devenir une entreprise finançable
Aucune de ces solutions ne fonctionne durablement sans préparation. Des comptes fiables, une séparation nette entre patrimoine personnel et finances professionnelles, un business plan crédible et une bonne maîtrise des coûts renforcent la confiance des financeurs. La gouvernance et la transparence ne sont donc pas de simples formalités : elles deviennent des instruments de croissance.
L’État et les institutions financières ont également un rôle à jouer, notamment en améliorant les mécanismes de garantie et en développant des produits adaptés aux réalités des PME. Mais les entrepreneurs doivent, de leur côté, apprendre à mieux présenter leurs projets et à choisir des financements compatibles avec leur capacité de remboursement.
Au fond, la question n’est pas seulement de savoir où trouver l’argent. Elle est de construire une entreprise capable de convaincre plusieurs catégories de financeurs et d’utiliser efficacement les capitaux obtenus.
Le Cameroun n’a pas seulement besoin d’entrepreneurs qui créent des entreprises. Il a besoin d’entreprises capables d’attirer des capitaux, de les transformer en investissements productifs et de bâtir des groupes compétitifs. Car une bonne idée peut faire naître une entreprise, mais c’est aussi sa capacité à financer sa croissance qui peut en faire un champion économique.
Raphael Mforlem



