Dans la filière camerounaise du cacao, la traçabilité s’impose désormais comme un enjeu commercial. L’Office national du cacao et du café (ONCC) et Cooko, entreprise allemande spécialisée dans la fermentation post-récolte et la traçabilité numérique, ont reconduit leur coopération pour trois ans. Signé par Michael Ndoping, directeur général de l’ONCC, et Epanty Mbanda, directeur pays de Cooko, l’accord porte notamment sur la qualité, la recherche, les infrastructures de données, les revenus des producteurs et l’entrepreneuriat agricole.
Le dispositif prévoit notamment une traçabilité du « premier kilomètre », avec cartographie des exploitations, géolocalisation des parcelles, enregistrement des récoltes et données de transaction. À Ntui, dans la région du Centre, Cooko poursuit son expérimentation : les fèves fraîches sont identifiées par des étiquettes RFID avant leur acheminement vers le centre de fermentation et de séchage. Le système vise à relier chaque lot à son exploitation d’origine et à documenter son parcours.
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La portée de cette coopération reste toutefois difficile à mesurer. Le nouveau protocole ne précise ni budget, ni nombre de producteurs à couvrir, ni volume annuel à tracer. Aucun bilan chiffré de la première convention, signée en 2021, n’a été rendu public lors de son renouvellement. En mai 2025, Ferdinand van Heerden, directeur général de Cooko, évoquait une capacité de 15 tonnes par mois et un objectif de 300 tonnes par an. Rapporté aux 247 914 tonnes de cacao commercialisées au Cameroun durant la campagne 2025-2026, cet objectif équivaudrait à environ 0,12 %. Le volume effectivement traité par Cooko n’est pas public.
L’enjeu s’accroît avec l’entrée en application du règlement européen contre la déforestation importée (EUDR). Dès le 30 décembre 2026, les grands et moyens opérateurs mettant du cacao sur le marché européen devront notamment démontrer que leurs approvisionnements ne proviennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020 et fournir une déclaration de diligence raisonnée. Pour les micro et petites entreprises concernées, l’échéance est fixée au 30 juin 2027.
Le Cameroun est directement concerné par ces exigences. L’Europe a absorbé 84,62 % de ses exportations de cacao durant la campagne 2025-2026. Les volumes exportés ont toutefois reculé à 125 469 tonnes, contre 192 012 tonnes un an plus tôt, soit une baisse de 34,65 %. Ce chiffre porte sur l’Europe au sens large et ne permet pas d’isoler la seule Union européenne.
Le partenariat porte aussi sur le cacao fin ou aromatique. Le Cameroun figure depuis avril 2024 à l’annexe C de l’Accord international sur le cacao, mais aucune proportion de cacao fin ou aromatique ne lui a encore été attribuée par l’Organisation internationale du cacao. Les recherches menées à Ntui pourraient contribuer à mieux caractériser cette production. Cette classification ne garantit toutefois ni prime ni prix supérieur. La portée économique du partenariat dépendra donc surtout du nombre de producteurs couverts, des parcelles géolocalisées, des volumes tracés et de l’utilisation effective de ces données par les exportateurs.
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Tressy Chouente



