Plus qu’un essai économique, Le Protocole de Yaoundé se veut une feuille de route destinée aux décideurs publics et aux acteurs économiques. Son auteur part d’un constat : les mutations de la finance mondiale et l’accélération de l’intelligence artificielle pourraient accentuer la dépendance des économies africaines si celles-ci ne maîtrisent pas leurs propres infrastructures numériques et financières.
Au cœur du NOÉ figure ainsi l’ambition de faire du numérique un instrument de souveraineté. Abdel Akimi Ngapout Ngouh propose notamment la création d’une Autorité des marchés numériques, d’un Conseil de surveillance de l’algorithme et d’un Fonds de souveraineté numérique doté d’un capital initial de 1 000 milliards de FCFA. Il préconise également la mise en place d’une infrastructure nationale, la CameroonChain, sur laquelle serait développé le Binaire CFA (BCFA), un dispositif présenté comme une réponse à la montée des monnaies numériques et des stablecoins.
L’auteur inscrit cette réflexion dans la recomposition du système monétaire international. Il analyse l’offensive américaine autour des stablecoins adossés au dollar et la montée en puissance des infrastructures chinoises et des BRICS. Il estime que cette transformation constitue à la fois un risque et une opportunité pour le Cameroun. D’où sa doctrine de « non-alignement monétaire actif », qui consisterait à préserver la capacité du pays à interagir avec les différents pôles économiques sans devenir dépendant de leurs infrastructures financières et technologiques.
Le diagnostic dressé dans l’ouvrage s’appuie également sur les contraintes internes du Cameroun : poids du service de la dette, faiblesse de l’inclusion financière, importance de l’économie informelle et limites des capacités budgétaires de l’État. À l’inverse, l’auteur met en avant les atouts du pays, notamment une population jeune, l’essor du mobile money et le potentiel des technologies émergentes.

Le projet ne se limite pas à la monnaie. L’auteur propose de transformer les technologies numériques en leviers de modernisation de l’administration et de gestion des finances publiques. La traçabilité des dépenses publiques, l’automatisation de certaines procédures et l’exploitation de la blockchain pourraient, selon lui, contribuer à réduire les déperditions et à améliorer la transparence de l’action publique. Il préconise parallèlement la formation d’un million de jeunes aux métiers de la blockchain, de l’intelligence artificielle et de la science des données.
À travers cette démarche, Le Protocole de Yaoundé pose une question centrale : le Cameroun doit-il continuer à subir les transformations de l’économie mondiale ou chercher à les anticiper en construisant ses propres instruments ? Pour Abdel Akimi Ngapout Ngouh, la réponse passe par une rupture méthodique combinant souveraineté monétaire, innovation technologique, inclusion financière et réforme de l’action publique.
Destiné aux décideurs, chefs d’entreprise, universitaires, étudiants et citoyens, l’ouvrage entend ainsi nourrir le débat sur le positionnement du Cameroun dans la nouvelle économie numérique. Son ambition est de faire passer l’Afrique du statut de simple consommatrice de technologies à celui de conceptrice de ses propres infrastructures et solutions économiques.
Abdel Akimi Ngapout Ngouh est inspecteur du Trésor et expert en finances publiques et gestion budgétaire. Il dispose également d’une formation en IT Management et E-Government obtenue en 2015 à l’Université de Redlands, aux États-Unis. Le Protocole de Yaoundé, résumé exécutif pour décideurs, est publié en 2026 sur la plateforme nouvelordreeconomique.com
La rédaction



