Le curseur fiscal vient encore de bouger. Depuis le 4 août 2026, le Cameroun est entré dans la 11e phase du démantèlement tarifaire prévu par l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne et le Royaume-Uni. La nouvelle étape porte à 70 % l’exonération des droits de douane appliqués aux produits du troisième groupe, composé de marchandises à rendement fiscal élevé. Véhicules utilitaires, carburants, ciments, peintures et emballages industriels figurent notamment parmi les produits concernés.
Cette baisse n’est toutefois pas un mouvement isolé. Le mécanisme repose sur une réduction progressive de 10 % par an des droits applicables au troisième groupe, jusqu’à leur suppression complète prévue en 2030. Les produits du deuxième groupe, dont le démantèlement avait commencé le 4 août 2017 à raison de 15 % par an, sont déjà totalement exonérés depuis le 4 août 2023. Le premier groupe avait, lui, achevé son processus dès 2019, après des réductions annuelles de 25 % entamées en 2016.
Pour les entreprises, l’enjeu est double. L’accès à moindre coût aux produits, équipements et intrants européens peut réduire certaines charges d’importation et améliorer la compétitivité. Mais l’ouverture tarifaire accentue aussi la pression concurrentielle sur les producteurs locaux. Le dispositif ne profite d’ailleurs pas uniformément au tissu économique : au 31 décembre 2023, 1 021 entreprises avaient bénéficié des avantages liés à l’APE, mais moins de 5 % d’entre elles concentraient près de 75 % des gains fiscaux, les grandes entreprises captant environ 80 % des avantages contre 20 % pour les PME.
Le bilan budgétaire nourrit cette équation. Selon les données fournies par les autorités camerounaises, les pertes fiscales cumulées liées au démantèlement atteignaient environ 103 milliards de FCFA après dix ans, soit un peu plus de 10 milliards par an en moyenne. Dans le même temps, les recettes douanières ont franchi pour la première fois le seuil des 1 000 milliards de FCFA en 2023, contre 897,4 milliards en 2022, soit une progression de 11,5 %. La montée en puissance de nouveaux partenaires commerciaux contribue à amortir l’effet de la préférence accordée aux marchandises européennes.
La recomposition des échanges est particulièrement visible dans les équipements. Entre 2016 et 2024, la part de la Chine dans les importations camerounaises de machines et équipements est passée de 23,8 % à 52,5 %, soit un gain de 28,7 points. Celle de l’Union européenne, encore estimée à 50,1 % en 2016, était ramenée à 32,3 % en 2024, malgré un léger redressement après 2023. L’APE intervient donc dans un marché où l’avantage tarifaire européen coexiste désormais avec une offensive commerciale chinoise de plus en plus marquée.
À quatre ans de l’exonération totale annoncée pour le troisième groupe, le véritable enjeu du dispositif se déplace ainsi vers la capacité des entreprises camerounaises à transformer ces avantages douaniers en gains de productivité, investissements et parts de marché. Pour l’État, il s’agit parallèlement de préserver le rendement fiscal tout en poursuivant l’ouverture commerciale. La prochaine étape du démantèlement dira si cet équilibre peut tenir face à l’accélération de la concurrence internationale.
Amélie Yandal



