Une disparition dans le monde industriel
Le monde des affaires camerounais perd l’un de ses visages les plus familiers. Alain Malong est décédé dans la nuit du 7 au 8 août 2026 à Douala, à l’âge de 72 ans. Industriel, administrateur et acteur du patronat, il aura traversé plusieurs séquences de l’économie productive camerounaise, de l’essor de l’aluminium aux débats sur la compétitivité industrielle, avant d’élargir son influence au secteur bancaire et à la diplomatie économique.
Né en 1954 à Marseille, en France, diplômé d’études comptables supérieures et titulaire d’un MBA, Alain Malong fait de l’industrie le principal terrain de sa carrière. Il rejoint la Compagnie camerounaise d’aluminium (Alucam) au début des années 1980 et gravit progressivement les échelons de l’entreprise. En avril 2009, il en prend la direction générale, à la tête d’un groupe alors considéré comme l’un des actifs industriels stratégiques du Cameroun.
Des chiffres à l’industrie
À Edéa, Alain Malong dirige une entreprise au cœur de la chaîne de valeur de l’aluminium. Alucam produit alors de l’aluminium primaire, tandis que ses activités de transformation s’appuient notamment sur la Société camerounaise de transformation de l’aluminium (Socatral) et Alubassa. Mais le secteur est exposé aux coûts de l’énergie, aux besoins d’investissement et aux fluctuations des marchés internationaux.
Son passage à la tête d’Alucam est notamment marqué par le désengagement de Rio Tinto Alcan du capital de l’entreprise entre 2014 et 2015. Dans un contexte industriel tendu, la société enregistre une perte de plus de 10 milliards de FCFA en 2015, avant de renouer avec les bénéfices deux ans plus tard, avec un résultat net positif de 2,2 milliards de FCFA.
Cette embellie demeure fragile. En 2018, les perturbations de l’approvisionnement électrique endommagent plusieurs cuves de l’usine d’Edéa. Le chiffre d’affaires d’Alucam recule alors de 123 milliards à 99,2 milliards de FCFA, tandis que le résultat net replonge à -10,8 milliards de FCFA. Ces épisodes illustrent les contraintes structurelles auxquelles sont confrontés les grands industriels camerounais et auxquelles Alain Malong aura consacré une partie de sa carrière.
La voix des industriels camerounais
Son influence dépasse rapidement le périmètre d’Alucam. De 2013 à 2021, Alain Malong préside le Syndicat des industriels du Cameroun (Syndustricam), avant d’en devenir président d’honneur. Durant huit années, il s’impose comme l’une des voix du secteur privé industriel auprès des pouvoirs publics.
Énergie, fiscalité, financement, coût des facteurs de production ou encore compétitivité : les grands dossiers qui conditionnent l’avenir de l’industrie camerounaise traversent son engagement patronal. Son action s’inscrit dans une période où les entreprises cherchent à concilier contraintes de production, exigences de compétitivité et ambitions d’industrialisation du pays.
De la métallurgie à la banque
Après plusieurs décennies consacrées à l’industrie, Alain Malong élargit son champ d’action. En 2021, il accède à la présidence du conseil d’administration de Société Générale Cameroun, succédant à Mathurin Doumbe Epee. Cette nomination consacre un profil désormais reconnu au-delà de son secteur d’origine : celui d’un dirigeant capable d’évoluer entre industrie, gouvernance d’entreprise et finance.
À cette fonction s’ajoute une dimension diplomatique. Alain Malong exerce également comme consul honoraire du Canada à Douala. Son exequatur lui est remis le 13 juin 2018 par le gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua. Dans ce rôle, il contribue au rapprochement des milieux d’affaires camerounais et canadiens et à la promotion des échanges économiques entre les deux pays.
L’héritage d’un industriel
Avec sa disparition, c’est une trajectoire de plus de quatre décennies qui s’achève. Alain Malong aura connu l’entreprise industrielle de l’intérieur, les transformations de la filière aluminium, les responsabilités patronales, les conseils d’administration et la diplomatie économique.
Son parcours épouse ainsi plusieurs mutations de l’économie camerounaise : la recherche d’une industrie plus compétitive, la question persistante de l’accès à une énergie fiable, la nécessité de mobiliser davantage de capitaux et la volonté de renforcer le rôle du secteur privé dans la transformation du pays.
Au-delà des postes occupés, Alain Malong laisse le souvenir d’un dirigeant dont l’itinéraire aura relié plusieurs univers de l’économie nationale. De l’usine d’Edéa aux conseils d’administration de Douala, son parcours raconte celui d’une génération d’industriels qui ont accompagné, pendant plusieurs décennies, la construction et les fragilités du tissu productif camerounais.
Amélie Yandal



