Zavier Ngueutheu, Directeur Général d’Afriland RCA.
Un homme du sérail pour ouvrir un nouveau marché
À Bangui, l’inauguration de la succursale d’Afriland First Bank ne marque pas seulement une nouvelle implantation géographique. Elle symbolise une étape supplémentaire dans la stratégie d’expansion régionale du groupe bancaire camerounais. Pour conduire cette offensive, la banque a privilégié la continuité plutôt que le recrutement externe en portant à sa tête Zavier Ngueutheu, un dirigeant qui a effectué l’essentiel de son parcours au sein de l’institution. Quinze années après son entrée dans le groupe, ce spécialiste de la banque de réseau hérite d’une mission stratégique : faire d’Afriland un acteur de référence sur un marché où la profondeur bancaire demeure limitée, mais où les besoins de financement des entreprises restent considérables.
Une carrière construite au plus près des entreprises
Titulaire d’un Master en Audit et Contrôle de gestion obtenu à l’ESSEC de Douala, Zavier Ngueutheu appartient à cette génération de cadres ayant grandi avec l’expansion d’Afriland First Bank. De la gestion des agences au développement commercial, il gravit progressivement les échelons jusqu’à occuper les fonctions de directeur du Réseau Est Cameroun. Cette région, frontalière de la République centrafricaine, constitue le principal corridor des échanges commerciaux entre les deux pays. Au fil des années, il y développe une connaissance approfondie des opérateurs économiques, des circuits transfrontaliers, des PME et des besoins de financement liés au commerce régional. Cette proximité avec le terrain apparaît aujourd’hui comme l’un de ses principaux atouts.
Le pari d’une expansion régionale
Sa nomination accompagne une étape importante pour Afriland First Bank. Avec l’ouverture de sa succursale à Bangui, le groupe devient le cinquième établissement bancaire présent en République centrafricaine et poursuit l’élargissement de son réseau international, désormais implanté au Cameroun, en Guinée équatoriale, en République démocratique du Congo, au Liberia, au Soudan du Sud, en Zambie, à São Tomé-et-Príncipe ainsi qu’en Chine, où il dispose d’un bureau de représentation. L’ambition dépasse la simple ouverture d’une agence. Afriland entend accompagner les particuliers, les PME, les grandes entreprises et les institutions publiques grâce à son expertise dans le financement du commerce, de l’agriculture, des chaînes de valeur et de l’entrepreneuriat.
Conquérir un marché à fort potentiel
Le défi reste néanmoins considérable. La République centrafricaine possède l’un des systèmes bancaires les moins développés de la CEMAC. Le taux de bancarisation est estimé autour de 7 %, tandis que le total des actifs bancaires atteignait environ 435 milliards de FCFA en 2024. Les PME demeurent insuffisamment financées, les paiements en espèces restent largement dominants et le respect des exigences prudentielles de la COBAC impose une gestion rigoureuse des risques. Dans ce contexte, la croissance dépendra autant de la capacité à conquérir de nouveaux clients que de l’aptitude à bâtir une relation de confiance durable avec les opérateurs économiques.
Transformer l’expérience en levier de croissance
Au-delà des chiffres, le véritable défi de Zavier Ngueutheu consiste à transformer une expérience acquise sur le premier marché d’Afriland en moteur de développement pour la République centrafricaine. Dans un pays engagé dans sa reconstruction économique, où les besoins en financement des entreprises, des infrastructures et de l’agriculture restent immenses, son rôle sera de rapprocher la banque des entrepreneurs et de soutenir l’investissement privé. Plus qu’une promotion individuelle, cette nomination illustre la stratégie du groupe fondé par Paul Kammogne Fokam : miser sur ses talents internes pour accélérer son développement panafricain. Si ce pari est réussi, Bangui pourrait devenir l’une des prochaines plateformes de croissance d’Afriland au sein de la CEMAC, confirmant que l’expansion régionale du groupe repose autant sur son capital humain que sur sa solidité financière.
Anatole Bidias



