, la Société immobilière du Cameroun (SIC) fait face à une hausse de ses créances, atteignant 9,2 milliards FCFA fin 2025. L’essentiel des impayés provient des administrations publiques, dans un contexte pourtant marqué par une amélioration des performances financières.
La Société immobilière du Cameroun (SIC), bras opérationnel de l’État dans la production et la gestion de logements publics, voit ses créances progresser sensiblement à fin 2025. Selon les états financiers arrêtés au 31 décembre, les montants dus à l’entreprise atteignent 9,2 milliards FCFA, contre 7,7 milliards un an plus tôt, soit une hausse de près de 18,6 %.
Cette évolution est largement alimentée par les retards de paiement des administrations publiques, qui concentrent à elles seules environ 90 % des sommes non recouvrées. Le phénomène illustre la tension persistante sur les finances publiques et ses répercussions sur les entreprises parapubliques en charge de missions d’intérêt général.
Dans le détail, plusieurs postes expliquent l’ampleur des créances. Les programmes immobiliers exécutés pour le ministère de l’Habitat et du Développement urbain, notamment à Olémbé à Yaoundé et Mbanga-Bakoko à Douala, représentent environ 4,6 milliards FCFA d’impayés. Les loyers dus par le ministère de la Défense et le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières s’élèvent à 2,4 milliards FCFA.
À ces montants s’ajoutent environ 509,1 millions FCFA de commissions dues au titre de la gestion déléguée du patrimoine immobilier de l’État confiée à la SIC. D’autres institutions publiques, comme l’Assemblée nationale et l’Université de Garoua, cumulent environ 62,8 millions FCFA d’arriérés. Les clients privés représentent, eux, près de 947 millions FCFA.
Au total, près de 8 milliards FCFA des créances de la SIC proviennent directement de l’État et de ses démembrements, confirmant le poids dominant du secteur public dans la structure des impayés. Malgré cette situation, la société considère la garantie souveraine de l’État comme un facteur de sécurisation de ses créances à moyen terme.
Dans ses pratiques de gestion du risque, la SIC classe comme douteuses les créances dépassant trois mois d’impayés, celles liées à des occupations irrégulières de logements ou encore les dossiers présentant des anomalies relevées lors d’audits. Les procédures de recouvrement judiciaire et les interventions d’huissiers sont également mobilisées pour les cas les plus complexes.
Les créances jugées irrécouvrables et totalement dépréciées atteignent ainsi 851,6 millions FCFA à fin 2025, traduisant une prudence comptable accrue dans un environnement où la liquidité des administrations publiques reste contrainte.
Paradoxalement, cette dégradation des créances intervient dans un contexte d’amélioration notable des performances financières de l’entreprise. Le chiffre d’affaires progresse de 42,3 % pour s’établir à 5,02 milliards FCFA, contre 3,5 milliards un an plus tôt, porté par une meilleure activité locative et la livraison de nouveaux programmes.
Dans le même temps, le résultat d’exploitation augmente de 64,4 %, atteignant 1,53 milliard FCFA, tandis que le bénéfice net ressort à 878,5 millions FCFA, en hausse de près de 48 % sur un an. La structure financière s’améliore également avec une forte réduction de l’endettement, les dettes financières passant de 4,5 milliards à 1,8 milliard FCFA.
La SIC se trouve ainsi dans une situation contrastée : une amélioration de ses fondamentaux opérationnels, mais une dépendance persistante aux paiements de l’État, qui demeure son principal client et, dans le même temps, son principal débiteur. Une équation classique des entreprises publiques camerounaises, où la performance économique reste étroitement liée aux contraintes budgétaires de l’actionnaire étatique.



