Dans un contexte où le Cameroun cherche à réduire sa dépendance aux exportations de cacao brut, le lancement imminent de Chocolat Rouge d’Obala marque une étape symbolique dans la montée en puissance de la transformation locale. Le projet, inauguré en 2024, ambitionne de repositionner une partie de la production nationale vers des produits finis à plus forte valeur ajoutée.
Lors de la rencontre tenue le 19 juin, l’investisseur français Olivier Bordais, président de la société SAS MANTA, a présenté l’état d’avancement des travaux aux autorités camerounaises. À ses côtés, Aristide Tchemtchoua, représentant de la coopérative Cacao-Scoops.ca de Nkoaekogo, a mis en avant l’intégration des producteurs locaux dans la chaîne d’approvisionnement. L’usine, située dans le département de la Lékié, s’appuie en effet sur un réseau de coopératives de cacaoculteurs de la région Centre, renforçant ainsi les liens entre production agricole et transformation industrielle.
L’investissement global, estimé à 40 milliards de FCFA, s’inscrit dans la stratégie nationale visant à augmenter la part du cacao transformé localement, encore inférieure à 30 % selon les données sectorielles du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC). Le Cameroun reste l’un des principaux producteurs mondiaux de cacao, avec une production annuelle oscillant autour de 280 000 à 300 000 tonnes selon les campagnes agricoles.
Au-delà du marché local, le projet mise également sur l’exportation. L’ouverture progressive du marché chinois aux produits camerounais, avec une exonération de droits de douane annoncée à partir de mai 2026, constitue une opportunité stratégique. Selon les promoteurs, la montée en gamme des produits de Chocolat Rouge correspond aux attentes d’une demande asiatique en forte croissance pour les chocolats premium.
Cette stratégie de diversification intervient alors que les exportateurs africains font face à des normes plus strictes sur les marchés européens, notamment en matière de traçabilité et de certification sanitaire. Dans ce contexte, l’Asie apparaît comme un relais de croissance pour les produits transformés camerounais.
Sur le plan opérationnel, l’usine a déjà entamé des phases de tests industriels et de calibration des équipements. Olivier Bordais souligne la qualité de la main-d’œuvre locale, qui a permis d’accélérer la phase d’installation. Toutefois, le projet fait face à des contraintes structurelles, notamment les coupures d’électricité récurrentes, identifiées comme un frein à la stabilité de la production et à la maîtrise des coûts industriels.
Le projet s’inscrit également dans la perspective plus large de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui devrait ouvrir de nouveaux débouchés régionaux pour les produits chocolatés transformés au Cameroun. À terme, cette intégration pourrait permettre à l’usine d’Obala de cibler non seulement les marchés internationaux, mais aussi les marchés africains en pleine expansion.
Pour les autorités camerounaises, l’entrée en production de Chocolat Rouge constitue une avancée tangible dans la stratégie de transformation structurelle de l’économie. Elle illustre la volonté du pays de réduire progressivement l’exportation de matières premières brutes au profit d’une industrialisation locale plus poussée.
Si les premières tablettes arrivent effectivement sur le marché dans les prochaines semaines, le projet franchira une étape décisive : celle du passage de l’investissement industriel à la création effective de valeur ajoutée locale, avec un impact attendu sur l’emploi, les revenus agricoles et les exportations.



