Après une décennie d’absence, Shell réactive ses ambitions au Gabon. Le groupe pétrolier britannique a officialisé un accord avec le gouvernement pour mener des études exploratoires sur plusieurs blocs offshore, confirmant ainsi le retour progressif des majors dans un pays longtemps considéré comme une place forte du pétrole en Afrique centrale.
Ce repositionnement intervient alors que le Gabon cherche à relancer son attractivité dans le secteur des hydrocarbures, dans un contexte de maturité avancée de certains champs historiques. Les autorités misent désormais sur l’exploration en eaux profondes pour maintenir le niveau de production national, estimé à environ 200 000 barils par jour ces dernières années selon les données de l’Energy Information Administration (EIA) et de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
Le retour de Shell s’inscrit dans une dynamique plus large de réinvestissement des majors internationales dans le bassin gabonais. ExxonMobil et BP ont également manifesté un intérêt croissant pour les blocs offshore encore peu explorés, attirés par le potentiel géologique des eaux profondes et ultra-profondes du Golfe de Guinée, considéré comme l’un des derniers grands frontiers pétroliers relativement sous-exploités.
Selon les autorités gabonaises, plusieurs blocs offshore présentent des perspectives prometteuses, notamment dans les zones encore peu couvertes par les campagnes sismiques modernes. Les contrats d’évaluation signés avec Shell devraient permettre de préciser le potentiel en ressources récupérables, condition préalable à d’éventuels investissements d’exploration plus lourds.
Le timing de ce retour n’est pas anodin. Le marché pétrolier mondial reste marqué par une forte volatilité, mais les majors privilégient de plus en plus les projets offshore à fort potentiel et à cycle long, capables de compenser le déclin naturel de certains bassins matures. Le Gabon, avec une fiscalité jugée compétitive et une stabilité institutionnelle relative dans la sous-région, tente de se repositionner dans cette compétition internationale.
D’après les données de la Banque africaine de développement (BAD) et de Wood Mackenzie, l’Afrique centrale reste l’une des régions les plus prometteuses en matière d’exploration offshore, avec un taux de découverte encore inférieur à 40 % dans certaines zones profondes. Ces estimations renforcent l’intérêt des compagnies pétrolières pour des pays comme le Gabon, la Guinée équatoriale ou encore le Congo.
Pour Libreville, l’enjeu dépasse la seule production pétrolière. Le gouvernement entend utiliser ces nouveaux partenariats pour relancer les investissements étrangers, diversifier les revenus liés aux hydrocarbures et soutenir les finances publiques, fortement dépendantes des recettes pétrolières.
Si les résultats des études menées par Shell s’avèrent concluants, le pays pourrait amorcer une nouvelle phase d’exploration offshore, avec à la clé des investissements potentiels se chiffrant en milliards de dollars sur le long terme. Mais les analystes restent prudents : les coûts élevés de production en eaux profondes et les incertitudes géologiques imposent une approche progressive.
Dans un secteur en recomposition mondiale, marqué par la transition énergétique mais encore dépendant des hydrocarbures, le retour de Shell au Gabon illustre une réalité persistante : l’Afrique reste un territoire stratégique pour les majors pétrolières en quête de nouvelles réserves.



