Thierno Habib Hann, ShafDB CEO
Dans les couloirs de son siège et au cœur de son assemblée annuelle tenue à Rabat, la Banque de développement Shelter Afrique a dévoilé des résultats qui traduisent une montée en puissance progressive de son modèle financier. Derrière les chiffres, l’institution confirme une trajectoire de transformation qui la positionne désormais comme un acteur central du financement du logement abordable sur le continent.
Pour l’exercice clos en décembre 2025, la banque affiche un bénéfice global de 2,14 millions de dollars, en hausse de 20 % sur un an. Cette performance repose principalement sur l’expansion des activités de crédit, la stabilité des revenus d’intérêts et une meilleure gestion des actifs financiers. Les décaissements de prêts ont bondi de 162 %, atteignant 63 millions de dollars, signe d’une reprise plus offensive de l’activité opérationnelle.
Cette dynamique s’est traduite par une consolidation du portefeuille de prêts, en progression de 29 %, ainsi qu’un renforcement du bilan global, dont les actifs atteignent 235 millions de dollars. Les fonds propres ont également été consolidés, portés par la génération de résultats et de nouvelles souscriptions de capital des actionnaires.
Dans les échanges, les dirigeants ont insisté sur le rôle des nouveaux financements mobilisés au cours de l’année. Une facilité concessionnelle de 120 millions de dollars accordée par la BADEA et une enveloppe de 50 millions de dollars provenant d’Afreximbank ont permis d’élargir la capacité d’intervention de l’institution. Ces ressources visent principalement à soutenir les projets de logements abordables et les infrastructures urbaines dans plusieurs États membres.
Sur le terrain, cette montée en puissance financière se traduit par une intensification des interventions dans les projets immobiliers et urbains. L’institution accélère également sa stratégie de diversification des outils de financement, notamment à travers des mécanismes en monnaie locale destinés à réduire l’exposition au risque de change pour les emprunteurs.
L’un des axes majeurs de cette transformation réside dans l’entrée progressive de la banque sur les marchés de capitaux africains. Plusieurs programmes d’obligations durables sont en préparation en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est, pour des montants cumulés dépassant 560 millions de dollars. Cette orientation marque un tournant stratégique vers une mobilisation accrue de l’épargne régionale au service du développement.
Pour les entreprises du secteur du bâtiment, de l’immobilier et des infrastructures urbaines, cette évolution ouvre de nouvelles perspectives de financement à long terme. Elle pourrait favoriser une accélération des projets de logements sociaux, d’aménagement urbain et de construction durable, dans un contexte de forte urbanisation du continent.
Au niveau des États africains, notamment en Afrique centrale, ces mécanismes représentent une opportunité de combler le déficit structurel en logements estimé à plusieurs dizaines de millions d’unités. Ils offrent également une alternative aux financements externes traditionnels, en renforçant l’intégration des marchés financiers régionaux.
À l’échelle continentale, la performance de Shelter Afrique illustre une tendance plus large : la montée en puissance des institutions financières africaines spécialisées dans le développement. Dans un environnement marqué par des besoins massifs en infrastructures urbaines, la capacité à structurer des financements innovants devient un levier déterminant de croissance économique.
Avec ces résultats, la banque consolide ainsi sa position dans l’écosystème du financement du logement en Afrique, tout en s’inscrivant dans une logique de transformation progressive vers une institution pleinement intégrée aux marchés financiers internationaux et régionaux. Tressy Chouente



