À mesure que le Port de Kribi s’impose comme l’un des principaux hubs logistiques d’Afrique centrale, son ambition ne se limite plus aux seules performances maritimes et commerciales. L’entreprise publique entend désormais renforcer son empreinte sociale dans les communautés riveraines. Cette orientation s’est matérialisée le 1er juin 2026 par la signature, à Yaoundé, d’un partenariat stratégique entre le Port autonome de Kribi (PAK) et l’ONG internationale Helen Keller International (HKI), référence mondiale dans la lutte contre la malnutrition et les déficiences visuelles.
Conclu pour une durée initiale de trois ans renouvelable, l’accord s’inscrit dans la politique de responsabilité sociétale de l’entreprise portuaire. Il vise à déployer des programmes de santé communautaire et scolaire dans le territoire d’influence du complexe industrialo-portuaire de Kribi. Les interventions cibleront notamment la prévention des maladies cécitantes, la réduction de la malnutrition infantile et maternelle ainsi que la lutte contre les maladies tropicales négligées qui continuent d’affecter plusieurs zones rurales du Sud-Cameroun.
Pour le Port autonome de Kribi, cette initiative traduit une évolution de sa conception du développement. L’établissement considère désormais que la croissance économique générée par les infrastructures portuaires doit se traduire par une amélioration tangible des conditions de vie des populations locales. Lors de la cérémonie de signature, le directeur général du PAK a souligné que cette coopération venait consolider les nombreuses actions déjà engagées par l’entreprise dans les domaines de la santé publique, de l’éducation, de l’accès à l’eau et du soutien aux communautés riveraines.
Le premier chantier opérationnel pourrait concerner la santé oculaire. Les deux partenaires envisagent en effet la signature prochaine d’un accord spécifique portant sur la prévention de la cécité évitable et le dépistage précoce des troubles visuels chez les enfants scolarisés. Un enjeu majeur dans un pays où l’accès aux soins ophtalmologiques demeure fortement concentré dans les grands centres urbains.
Les chiffres illustrent l’ampleur du défi. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 200 000 personnes vivent avec une cécité irréversible au Cameroun, tandis que plus de 600 000 souffrent de déficiences visuelles sévères. La cataracte, le glaucome et les infections oculaires figurent parmi les principales causes de perte de vision. Dans les régions éloignées des grands centres hospitaliers, le manque de spécialistes et l’insuffisance des campagnes de sensibilisation compliquent encore davantage la prise en charge des patients.
L’intervention d’Helen Keller International pourrait ainsi apporter une expertise reconnue mondialement. Présente dans plus de vingt pays, l’organisation déploie depuis plusieurs décennies des programmes de nutrition, de santé oculaire et de développement communautaire. Ses actions ont permis à des millions de personnes d’accéder à des soins préventifs et curatifs, notamment en Afrique subsaharienne.
Au-delà de la santé, ce partenariat illustre également la montée en puissance des politiques RSE au sein des grandes entreprises publiques africaines. Pour le Port autonome de Kribi, dont les investissements ont profondément transformé le paysage économique du Sud-Cameroun, l’enjeu consiste désormais à faire du développement humain un complément naturel de sa performance industrielle. L’entreprise entend ainsi démontrer qu’un port moderne ne se mesure pas uniquement à son trafic ou à ses infrastructures, mais également à sa capacité à créer de la valeur sociale durable pour les territoires qui l’entourent.



