Dans un environnement bancaire sous tension, marqué par la rareté des financements longs et la prudence accrue des établissements de crédit, AFG Bank Cameroun tente de se positionner comme un acteur pivot du financement de l’économie réelle. La ligne de 30 millions d’euros obtenue auprès de bailleurs européens doit permettre d’élargir sa capacité d’octroi de crédits dans un marché où le ratio crédit/PIB reste inférieur à 20 %, bien en deçà des standards des économies émergentes.
Le pari est stratégique. Au Cameroun, les PME constituent l’ossature de l’économie productive mais restent structurellement sous-financées. Selon les données croisées de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, moins d’une PME sur trois a accès à un crédit bancaire formel, une contrainte majeure pour l’investissement et la montée en gamme industrielle. Dans ce contexte, les banques locales jouent un rôle déterminant mais encore limité par la faiblesse des garanties et le coût du risque.
En mobilisant ce financement européen, AFG Bank Cameroun cherche à renforcer son portefeuille de prêts orienté vers les secteurs dits prioritaires : agro-industrie, commerce structuré, services et économie numérique. L’enjeu est double : accroître les volumes de financement tout en améliorant la diversification du risque dans un environnement macroéconomique exposé aux chocs externes.
Cette opération intervient alors que le déficit global de financement des PME en Afrique subsaharienne est estimé à plus de 300 milliards de dollars par les institutions multilatérales. Une contrainte majeure qui freine la transformation structurelle des économies et limite la création de valeur locale, malgré une croissance démographique soutenue et une urbanisation rapide.
Dans la zone CEMAC, où le crédit au secteur privé reste inférieur à 15 % du PIB selon la BEAC, les autorités monétaires multiplient les réformes pour assouplir les conditions de financement. Mais les effets restent progressifs, dans un système bancaire encore dominé par une forte aversion au risque et une concentration des prêts sur quelques grands groupes.
Pour AFG Bank Cameroun, cette nouvelle ressource constitue donc un levier de repositionnement stratégique. L’objectif est d’accompagner une clientèle PME plus large, souvent exclue des circuits classiques de financement, tout en renforçant sa compétitivité face aux banques internationales et régionales présentes sur le marché camerounais.
Au-delà de l’effet d’annonce, l’enjeu majeur réside désormais dans la transformation de cette enveloppe en impact économique mesurable : augmentation du volume de crédits distribués, réduction du coût du financement et soutien effectif à la croissance des entreprises locales. Dans un contexte où la croissance camerounaise reste dépendante de secteurs peu capitalistiques, la capacité du système bancaire à irriguer les PME demeure un test décisif.



