À Libreville, le groupe marocain Ciments de l’Afrique (CIMAF) vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d’expansion industrielle en Afrique centrale. Reçu le 20 mai 2026 par le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, le PDG du groupe, Anas Sefrioui, a officialisé un programme d’investissement de 40 millions d’euros destiné à accroître les capacités de production de CIMAF Gabon. Derrière cette opération, le groupe entend consolider sa position dans un marché redevenu stratégique sous l’effet de la relance des infrastructures publiques et de la reprise progressive de la demande intérieure.
Le projet prévoit principalement le déploiement d’une troisième ligne de production ainsi que l’extension de la clinkerie locale. Cette modernisation industrielle doit permettre d’augmenter significativement les volumes de ciment produits sur place et de limiter les importations de matériaux de construction, dans un contexte où le Gabon accélère plusieurs projets structurants liés aux routes, aux logements sociaux et aux équipements publics. À travers cette montée en puissance, CIMAF cherche également à sécuriser son approvisionnement local en clinker, composant essentiel à la fabrication du ciment.
L’impact économique annoncé est considérable. Selon les données présentées par le groupe, près de 1 900 emplois devraient être générés par le projet. La phase de construction mobiliserait environ 1 400 emplois directs, tandis que l’exploitation de la nouvelle unité industrielle devrait créer près de 500 postes permanents. Dans un pays où le chômage des jeunes demeure élevé, cet investissement apparaît comme un signal important pour les autorités gabonaises, engagées dans une stratégie de réindustrialisation et de diversification économique.
Cette expansion intervient dans un environnement marqué par une évolution contrastée du secteur cimentier. Selon les chiffres de la Direction générale de l’Économie, la production nationale de ciment a reculé de 12,8 % en 2025, sous l’effet du ralentissement temporaire de certains grands chantiers publics et de l’achèvement de plusieurs projets routiers majeurs. Malgré ce repli conjoncturel, les perspectives demeurent favorables à moyen terme. Les autorités gabonaises estiment que la consommation nationale oscille entre 600 000 et 900 000 tonnes par an, en fonction du rythme des investissements publics et privés.
Au-delà de la dimension industrielle, ce projet reflète également l’évolution des rapports entre l’État gabonais et les grands groupes étrangers opérant dans les secteurs stratégiques. Depuis la transition politique amorcée en août 2023, Libreville cherche à renforcer la participation nationale dans certaines filières clés. En décembre 2025, l’État gabonais avait ainsi obtenu une participation de 10 % dans le capital de CIMAF Gabon, marquant une volonté de co-pilotage des industries considérées comme essentielles au développement économique du pays.
Déjà présent dans plusieurs pays africains, notamment au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Congo ou encore en Guinée, CIMAF poursuit ainsi sa stratégie continentale fondée sur la proximité des marchés et la montée en capacité industrielle locale. Pour le Gabon, cet investissement apparaît surtout comme un levier destiné à soutenir la dynamique des infrastructures et à renforcer progressivement l’autonomie du pays dans la production de matériaux de construction.



