À Yaoundé, dans l’enceinte du Conseil économique et social, l’initiative portée par LM-Com s’inscrit dans un contexte marqué par des interrogations croissantes sur la trajectoire économique du Cameroun. Pensé comme une plateforme d’échanges entre acteurs publics et privés, ce premier Forum sur les grandes questions économiques ambitionne de dresser un diagnostic sans complaisance de la SND30, lancée en 2020 pour hisser le pays au rang d’économie à revenu intermédiaire.
À mi-parcours, les signaux apparaissent contrastés. Selon le rapport d’évaluation publié en janvier 2026 par le ministère de l’Économie, plusieurs objectifs sectoriels accusent des retards significatifs. La dynamique des finances publiques illustre ces tensions, avec une progression des dépenses plus rapide que celle des recettes, limitant les marges de manœuvre budgétaires. Dans ce contexte, la nécessité d’une réorientation stratégique s’impose progressivement comme un enjeu central.
Les travaux du forum se structurent autour de quatre axes majeurs. La question énergétique s’impose en priorité, alors que le pays ambitionne d’atteindre 5 000 MW de capacité installée à l’horizon 2030, contre moins de 2 500 MW actuellement. Ce déficit constitue un frein direct à l’industrialisation et à la compétitivité des entreprises, dans un environnement où les coupures d’électricité impactent la productivité.
Autre point critique, la balance commerciale continue de se dégrader. En 2025, le déficit a atteint environ 2 145 milliards de FCFA, malgré la mise en œuvre d’une politique d’import-substitution. Cette situation relance le débat sur les modèles industriels à privilégier, entre substitution des importations, promotion des exportations ou développement d’industries structurantes capables de transformer localement les matières premières.
Les enjeux sociaux occupent également une place centrale dans les discussions. Selon la Banque mondiale, près de 700 000 Camerounais supplémentaires sont tombés sous le seuil de pauvreté entre 2021 et 2024, fixé à 2,15 dollars par jour. Cette évolution souligne les limites de la croissance actuelle à générer des effets inclusifs, notamment au niveau des collectivités territoriales décentralisées, appelées à jouer un rôle accru dans l’amélioration des conditions de vie.
Enfin, la question du capital humain s’impose comme un levier déterminant. L’adéquation entre formation et besoins du marché du travail reste insuffisante, dans un contexte de transformation économique rapide. Les secteurs de l’éducation et de la santé sont ainsi interpellés pour renforcer l’efficacité des systèmes de formation et accompagner l’émergence d’une main-d’œuvre qualifiée.
À travers cette première édition, LM-Com positionne le secteur privé comme un acteur clé du débat économique national. En réunissant décideurs, experts et entreprises, le forum traduit une volonté de co-construire des solutions face aux défis structurels du pays. Dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires, énergétiques et sociales, cette démarche pourrait contribuer à réorienter la mise en œuvre de la SND30 vers des résultats plus concrets et mesurables.



