Dans le commerce extérieur camerounais, le sucre a enregistré en 2025 une évolution atypique. Les données de l’INS confirment un volume exporté en forte hausse par rapport aux 512 tonnes enregistrées en 2024. Cette progression intervient alors que la filière reste sous tension, soulevant des interrogations sur les mécanismes d’arbitrage entre consommation locale et débouchés extérieurs.
Sur le plan productif, la filière sucrière repose essentiellement sur Sosucam, dont la production annuelle oscille généralement entre 120 000 et 160 000 tonnes, pour une demande intérieure estimée à environ 300 000 tonnes. Cet écart structurel contraint régulièrement les pouvoirs publics à recourir aux importations afin de stabiliser l’approvisionnement du marché et limiter les tensions sur les prix.
Dans ce contexte, les volumes exportés ne traduisent pas nécessairement une montée en puissance industrielle, mais davantage des ajustements conjoncturels liés aux opportunités commerciales régionales. Certains flux peuvent être redirigés vers des marchés voisins offrant de meilleures conditions de prix ou une absorption plus rapide des stocks.
Cette situation s’inscrit dans une configuration déjà observée. En 2022, les autorités avaient suspendu temporairement les exportations de produits de première nécessité, dont le sucre, afin de préserver l’équilibre du marché intérieur face à des tensions d’approvisionnement. Ce précédent illustre la sensibilité de la filière aux déséquilibres entre production et consommation.
Dans la zone CEMAC, le sucre demeure un produit stratégique, fortement exposé aux contraintes climatiques, logistiques et industrielles. La variabilité de la production, combinée à une croissance démographique soutenue, accentue la pression sur les capacités d’approvisionnement locales.
Selon plusieurs analyses sectorielles, l’enjeu pour la filière sucrière camerounaise repose sur un double impératif : renforcer durablement la production nationale afin de réduire la dépendance aux importations, tout en encadrant les flux exportables pour éviter les tensions sur le marché intérieur. Dans un environnement marqué par la volatilité des prix internationaux, les arbitrages commerciaux deviennent de plus en plus complexes pour les opérateurs.
Pour les autorités publiques, la priorité reste la sécurisation du marché local, tout en maintenant un cadre incitatif pour les producteurs. La régulation des flux sortants apparaît ainsi comme un levier central de politique économique, afin de préserver l’équilibre entre compétitivité extérieure et stabilité intérieure.
Au final, les 8 047 tonnes exportées en 2025 traduisent moins une performance structurelle qu’un équilibre fragile entre contraintes de production, arbitrages commerciaux et impératifs de sécurité alimentaire, dans une filière où chaque variation de flux reflète un ajustement permanent du marché.



