Aliko Dangote, PDG du Groupe Dangote
(LVDE) — La filiale camerounaise du géant nigérian du ciment, Dangote Cement, a vu ses ventes reculer de 14,1 % en 2025, impactée par les turbulences entourant l’élection présidentielle d’octobre. L’usine de Douala, d’une capacité annuelle de 1,5 million de tonnes, n’a écoulé que 1,2 million de tonnes, soit 200 000 tonnes de moins que l’année précédente. Malgré ce contexte difficile, le groupe anticipe une reprise liée aux projets d’infrastructures en cours et annonce un plan d’extension de ses capacités locales.
L’année 2025 restera comme une période complexe pour Dangote Cement Cameroun. Selon les états financiers audités du groupe au 31 décembre 2025, les volumes vendus par la filiale locale ont chuté de 14,1 %, passant de 1,4 million de tonnes en 2024 à 1,2 million de tonnes. La direction de Dangote Cement pointe du doigt les « incertitudes liées aux élections » pour expliquer ce recul. L’élection présidentielle d’octobre 2025, marquée par des manifestations et des tensions dans plusieurs villes, a fortement perturbé les chaînes logistiques et l’activité économique, en particulier dans la capitale économique, Douala, où est implantée l’usine.
Cette baisse des ventes au Cameroun a également pesé sur la performance globale de Dangote Cement sur le continent. Le groupe affiche un recul de 1,6 % des volumes africains, à 11 millions de tonnes contre 11,1 millions en 2024. Les marchés camerounais, sénégalais et sud-africain ont été les plus affectés, tandis que l’Éthiopie a subi des contraintes de liquidités dues à des retards budgétaires. Sur le plan financier, l’EBITDA consolidé panafricain s’est contracté de 14,8 %, passant de 345,3 milliards de nairas (≈ 141,4 milliards FCFA) en 2024 à 294,1 milliards (≈ 120,5 milliards FCFA) en 2025, traduisant la baisse des volumes sur plusieurs marchés clés.
Pourtant, Dangote Cement demeure optimiste pour 2026. Le cimentier mise sur la reprise des projets d’infrastructures nationaux, notamment l’autoroute Douala-Yaoundé, les chantiers routiers et la construction de ponts, pour stimuler la demande. « Ces initiatives devraient soutenir la consommation de ciment à moyen terme », précise le groupe. Cette anticipation s’accompagne d’un projet d’investissement majeur annoncé le 28 février 2026 à Lagos. Un contrat d’un milliard USD a été signé avec la société chinoise Sinoma Engineering pour étendre les capacités en Afrique, dont le Cameroun pourrait bénéficier. Deux options sont envisagées : augmenter la capacité de l’usine existante à Douala ou relancer le projet de nouvelle usine à Nomayos, près de Yaoundé, en suspens depuis plus de dix ans.
Présent au Cameroun depuis 2015, Dangote Cement a mis fin au monopole historique de 48 ans des Cimenteries du Cameroun (Cimencam, filiale de LafargeHolcim Maroc Afrique). Son usine de Douala a ainsi ouvert un marché concurrentiel sur lequel l’entreprise doit désormais conjuguer performance et stabilité dans un environnement économique et politique sensible.
Cette situation souligne la vulnérabilité du secteur industriel face aux incertitudes politiques et rappelle l’importance de sécuriser les chantiers d’infrastructure et les commandes publiques pour assurer la croissance locale des entreprises. Les perspectives pour 2026 semblent encourageantes, mais restent dépendantes de la reprise économique post-électorale et de la capacité du groupe à concrétiser ses investissements annoncés.
Esther Grace



