À Malibé 2, au nord de Libreville, le Gabon engage un chantier destiné à modifier les équilibres de son industrie cimentière. Le 20 octobre 2026, Hermann Immongault, vice-président du gouvernement, a procédé à la pose de la première pierre d’un complexe industriel associant production de clinker et fabrication de ciment. Inscrite dans le programme d’aménagement Mondah Green Beach, l’infrastructure est développée avec Hope Global Investment et Conch Investment Holdings, à travers Gabon Future Cement Clinker SAU. L’investissement annoncé atteint au moins 114 milliards de FCFA.
Le projet intervient après douze années sans production nationale de clinker, depuis l’arrêt de la dernière unité en 2014. Ce matériau intermédiaire, obtenu par cuisson de matières premières minérales, constitue l’un des principaux composants de la fabrication du ciment. Sa disponibilité conditionne donc directement l’activité des cimenteries. Pendant cette période, les industriels gabonais ont dû s’approvisionner à l’étranger. En 2024, près de 500 000 tonnes de clinker auraient été importées, selon le quotidien gabonais L’Union. Cette dépendance expose la filière aux coûts du transport, aux fluctuations des marchés internationaux et aux contraintes logistiques.
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Sur le papier, les capacités annoncées sont conséquentes. La future ligne doit traiter 3 500 tonnes de clinker par jour, soit environ un million de tonnes par an selon les informations communiquées lors du lancement. Le complexe comprendra également une cimenterie capable de produire au moins un million de tonnes annuellement. Le marché gabonais du ciment est estimé entre 800 000 et 900 000 tonnes par an par les autorités. Si les installations atteignent leur régime nominal, le pays pourrait donc disposer d’une capacité industrielle supérieure à sa demande intérieure actuelle. La possibilité d’approvisionner d’autres marchés de la sous-région dépendra toutefois des coûts de production, de la compétitivité commerciale et de la montée en puissance effective du site.
L’enjeu est également réglementaire. Le gouvernement a annoncé l’interdiction des importations de clinker à compter du 1er janvier 2027. Cette décision entend encourager la production locale et réduire les sorties de devises. Elle soulève néanmoins une question de calendrier : les travaux du nouveau complexe doivent s’étendre sur plusieurs années, alors que la restriction commerciale doit entrer en vigueur bien avant sa mise en service. La disponibilité de stocks, les capacités des opérateurs existants et les modalités d’application de la mesure seront déterminantes pour éviter une rupture d’approvisionnement.
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Pour les cimentiers déjà présents, notamment CIMAF Gabon, Cimgabon et Africa Ciment, l’arrivée d’un producteur local de clinker pourrait transformer les conditions d’approvisionnement. Les données publiées par L’Union situent la consommation annuelle de ciment entre 600 000 et 700 000 tonnes, tandis que la production locale dépasse 850 000 tonnes. Ces chiffres, qui concernent le ciment et non le clinker, illustrent l’importance de distinguer les capacités de fabrication du produit fini des besoins en matière première. La nouvelle unité pourrait consolider l’intégration industrielle nationale, à condition que ses prix et ses volumes répondent aux besoins réels des opérateurs.
Le logement constitue un autre débouché potentiel. Le déficit gabonais est estimé à plus de 200 000 unités dans les informations communiquées autour du projet. En réduisant les contraintes d’approvisionnement, le complexe pourrait soutenir les programmes immobiliers, les infrastructures publiques et les activités du bâtiment. Sa construction devrait également générer au moins 200 emplois directs, selon les données publiées sur le projet, auxquels pourraient s’ajouter des emplois indirects dans le transport, la maintenance et la distribution. Ces retombées resteront tributaires de l’exécution du chantier et du développement de fournisseurs locaux.
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Ce projet prolonge enfin le rapprochement économique entre Libreville et Pékin, renforcé lors du Forum économique Gabon-Chine de septembre 2024. À cette occasion, plus de 4,3 milliards de dollars d’investissements privés avaient été annoncés, selon les données fournies sur cette rencontre. Pour le Gabon, l’enjeu dépasse désormais la pose d’une première pierre : il s’agit de convertir les engagements financiers en capacités productives opérationnelles. Une divergence demeure toutefois dans les montants publiés : certaines sources évaluent l’investissement à au moins 114 milliards de FCFA, tandis que d’autres évoquent environ 250 millions de dollars, soit près de 145,2 milliards de FCFA. Cette différence devra être clarifiée pour apprécier le coût définitif du projet.
Sorelle Ninguem



