À Douala, de Ndogpassi à PK14, en passant par Ndokoti et Dakar, les consommateurs multiplient les points de vente sans toujours trouver de bouteille. À Yaoundé, des files d’attente sont signalées dès 4 heures du matin à Nkomo. Depuis plusieurs semaines, les difficultés d’approvisionnement de la Société camerounaise de transformation métallique (SCTM) débordent ainsi sur les réseaux concurrents, notamment ceux de Tradex, Neptune et Bocom. Des pompistes expliquent cette pression par l’arrivée de ménages qui utilisaient auparavant les bouteilles SCTM.
La tension se traduit aussi par des prix signalés au-dessus du tarif officiel. La recharge d’une bouteille de 12,5 kg est indiquée à 6 500 FCFA, mais des consommateurs disent avoir payé jusqu’à 10 000 FCFA pour obtenir une bouteille par échange. Un autre témoignage fait état d’un remplissage à 15 000 FCFA. Ces montants ne constituent ni un prix réglementaire ni une moyenne : ils illustrent les difficultés rencontrées par certains ménages et doivent être distingués des tarifs homologués.
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Au cœur de la crise, les difficultés de SCTM sont liées, selon EcoMatin, à un différend financier avec la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP). SCTM évoque des contraintes techniques et affirme ne pas obtenir les autorisations d’enlèvement. La SCDP, elle, indique que les livraisons ont été suspendues en raison d’arriérés, sans en préciser le montant. La Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) confirme l’existence d’une dette, tout en rappelant que la suspension d’un opérateur relève des autorités gouvernementales. Les versions divergent donc sur les causes immédiates, et le montant de la dette reste à établir publiquement.
La situation intervient dans un marché en progression. Sur les sept premiers mois de 2026, les distributeurs ont écoulé 132 902 tonnes de gaz de pétrole liquéfié (GPL), soit une hausse de 6,2 % sur un an. Dans ce contexte, Tradex a devancé SCTM dans le classement des distributeurs, selon Investir au Cameroun. Ce changement souligne la recomposition du secteur, mais ne signifie pas que les autres opérateurs disposent immédiatement des moyens logistiques nécessaires pour absorber toute la clientèle déplacée.
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Les fragilités se situent aussi en amont. En 2023, la production locale aurait couvert environ 17 % de l’approvisionnement national en GPL, contre 83 % issus des importations. Le produit transite ensuite par les infrastructures de la SCDP, dont la capacité de stockage de gaz domestique était d’environ 4 970 tonnes à fin 2024. Cette capacité ne renseigne toutefois pas sur les stocks disponibles aujourd’hui : elle mesure les installations, non le volume présent dans les dépôts.
Pour les entreprises de distribution, l’enjeu est désormais double : sécuriser les enlèvements et organiser la desserte des points de vente alors que la demande se déplace. Pour les ménages, la rareté complique l’accès à une énergie courante et peut entraîner des dépenses supplémentaires. La SCDP a soutenu que l’approvisionnement national demeurait normal, tandis que les ruptures persistaient dans plusieurs quartiers. Ce contraste invite à distinguer la disponibilité globale du produit de sa présence effective chez les revendeurs.
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La sortie de crise dépendra donc de la clarification du différend entre SCTM et la SCDP, mais aussi de la capacité des opérateurs à rétablir un approvisionnement régulier dans les circuits de détail. En attendant, la situation à Douala et Yaoundé montre combien une perturbation touchant un distributeur peut rapidement affecter les autres acteurs et les consommateurs.
Amélie Yandal



