Les entreprises publiques chargées des infrastructures continuent de concentrer l’essentiel des financements extérieurs contractés par l’État camerounais puis rétrocédés à ses établissements. Selon la Conjoncture mensuelle de la dette publique publiée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), l’encours de cette dette rétrocédée atteint 845,2 milliards de FCFA au 30 juin 2026, soit 2,4 % du PIB. Ces ressources financent 43 projets dans les télécommunications, l’eau, l’électricité, le logement ou encore l’agro-industrie. Par rapport à juin 2025, l’encours recule de 3,7 %, mais progresse de 2,4 % depuis fin mars 2026, traduisant l’effet combiné des nouveaux décaissements, des remboursements et des fluctuations de change.
La répartition des financements met en évidence une forte concentration. Avec un encours de 230,4 milliards de FCFA, CAMTEL représente 27,3 % du portefeuille, principalement grâce aux projets d’extension du réseau national à haut débit et du backbone de fibre optique. CAMWATER suit avec 194,9 milliards de FCFA, consacrés aux programmes d’adduction d’eau potable, de réhabilitation des infrastructures et d’extension des réseaux. Ensemble, les deux entreprises totalisent 425,3 milliards de FCFA, soit 50,3 % de l’ensemble des prêts rétrocédés par l’État.
Le secteur énergétique complète ce quatuor de tête. SONATREL affiche un encours de 134,9 milliards de FCFA destiné à la modernisation du réseau de transport d’électricité, tandis que Electricity Development Corporation (EDC) porte 112,1 milliards de FCFA liés notamment au barrage de Lom Pangar et aux aménagements hydroélectriques de la Sanaga. À elles quatre, ces entreprises cumulent 672,3 milliards de FCFA, soit près de 80 % de la dette rétrocédée. Derrière figurent notamment SODECOTON (27,4 milliards), CAMPOST (17,1 milliards) et la Société Immobilière du Cameroun (SIC) avec 16,8 milliards de FCFA.
La dette rétrocédée correspond à un mécanisme par lequel l’État emprunte auprès de bailleurs internationaux avant de transférer les ressources à une entreprise publique chargée d’exécuter un projet. Si ces financements bénéficient aux entreprises, ils demeurent inscrits dans la dette extérieure de l’administration centrale, l’État restant juridiquement responsable vis-à-vis des créanciers. Les engagements cumulés liés aux 43 projets atteignent 1 574 milliards de FCFA, dont l’encours représente 53,7 %. Ce ratio ne traduit toutefois ni le niveau réel des remboursements ni la part effectivement décaissée, plusieurs prêts étant encore en cours d’exécution et exposés aux variations des devises.
Au-delà des chiffres, cette photographie illustre le rôle central des entreprises publiques dans la mise en œuvre des grands investissements structurants du Cameroun. Télécommunications, eau et énergie concentrent l’essentiel des financements concessionnels mobilisés par l’État afin de soutenir les infrastructures indispensables à la compétitivité des entreprises et à la réalisation de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). L’évolution de ces encours sera ainsi suivie de près, tant pour son impact sur les finances publiques que sur la capacité des opérateurs concernés à conduire les projets structurants attendus par l’économie nationale.
Amélie Yandal



