L’ampleur des pertes révèle les failles persistantes de la filière aurifère camerounaise. Selon des données publiées par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt), le Trésor public a été privé de 577,51 milliards de FCFA de recettes fiscales et douanières entre 2021 et 2025, en raison d’exportations d’or réalisées hors des circuits officiels. Cette estimation résulte d’un rapprochement entre les déclarations enregistrées par la Direction générale des Douanes (DGD) et la Société nationale des mines (Sonamines), d’une part, et les statistiques des pays ayant importé de l’or en provenance du Cameroun, d’autre part.
Les pertes se sont accentuées au fil des années. Après 52,81 milliards de FCFA en 2021 et 50,55 milliards en 2022, elles ont atteint 161,79 milliards en 2023, avant de se maintenir à 159,15 milliards en 2024 puis 153,20 milliards en 2025. Sur la période, les pays importateurs déclarent avoir reçu 46,219 tonnes d’or en provenance du Cameroun, alors que seulement 1,8 tonne a été officiellement enregistrée auprès des administrations nationales. L’écart, estimé à 44,3 tonnes, représente une valeur de 1 941,19 milliards de FCFA, illustrant l’ampleur des flux échappant au contrôle de l’État.
Les statistiques nationales confirment cette tendance. Les exportations déclarées à la Douane sont passées de 73 kilogrammes en 2021 à 47,9 kilogrammes en 2022, puis 22,3 kilogrammes en 2023, avant de tomber à 3,8 kilogrammes en 2024 et de disparaître des registres en 2025. Même en intégrant les volumes recensés par la Sonamines — 742,3 kilogrammes en 2023, 644,42 kilogrammes en 2024 et 389,69 kilogrammes en 2025 — les quantités demeurent très inférieures à celles déclarées par les pays importateurs. Ces écarts prolongent les constats formulés par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), qui avait déjà signalé d’importantes divergences dans ses rapports, notamment vers les Émirats arabes unis.
Face à cette situation, le gouvernement passe à l’offensive. À compter du 1er août 2026, une mission conjointe réunissant la Sonamines, la Direction générale des Impôts (DGI) et la Direction générale des Douanes mènera des contrôles sur l’ensemble du territoire. Le Minmidt indique avoir identifié 51 sociétés minières soupçonnées de sous-déclarations ainsi que 33 sites d’exploitation dont la production n’aurait jamais été déclarée. Les autorités espèrent récupérer, à court terme, au moins 300 milliards de FCFA grâce aux opérations de redressement fiscal et douanier. À plus long terme, le gouvernement prévoit de renforcer le contrôle des exportations d’or en s’appuyant sur une expertise internationale et sur un dispositif de collecte des taxes directement à la source, afin de sécuriser durablement les recettes de l’État et d’assainir une filière stratégique pour l’économie camerounaise.
Tressy Chouente



