(LVDE) – Dans le but de redonner aux Petites et Moyennes Entreprises (PME) un rĂ´le central dans les opĂ©rations de sous-traitance, le gouvernement a introduit, le 25 juin 2025, Ă l’AssemblĂ©e nationale, un projet de loi visant Ă encadrer les activitĂ©s de ce secteur de l’Ă©conomie camerounaise.
Le gouvernement camerounais a franchi une étape significative en déposant le 25 juin 2025, un projet de loi destiné à encadrer strictement les activités de sous-traitance. Cette initiative vise à repositionner les Petites et Moyennes Entreprises (PME) au cœur des opérations de sous-traitance, à travers un cadre légal protecteur et structurant, une première dans le pays.
Historiquement, la sous-traitance au Cameroun a évolué dans un cadre juridique incertain. Bien que quelques références existent dans les secteurs gazier, pétrolier, minier et des marchés publics, aucune législation cohérente n’a permis de réguler efficacement les pratiques de sous-traitance. Cette fragmentation a exposé les PME locales à une concurrence déséquilibrée face à des entreprises, souvent multinationales, mieux équipées.
La crĂ©ation de la Bourse de sous-traitance et de partenariat du Cameroun (Bstp-CM) en 2017, soutenue par l’Onudi et l’Union europĂ©enne, avait tentĂ© de structurer ce secteur grâce Ă une charte. Cependant, faute d’une valeur lĂ©gale contraignante, son impact a Ă©tĂ© limitĂ©, laissant les PME vulnĂ©rables aux abus et dĂ©rives contractuels.
Le nouveau projet de loi, composĂ© de 69 articles, ambitionne de combler ces lacunes en dĂ©finissant la sous-traitance comme un levier stratĂ©gique pour la compĂ©titivitĂ© et le dĂ©veloppement industriel. Parmi les mesures phares, la prĂ©fĂ©rence nationale est instaurĂ©e : les contrats de sous-traitance pour des projets d’envergure doivent ĂŞtre attribuĂ©s prioritairement Ă des PME camerounaises, avec au moins 51 % de capital dĂ©tenu par des nationaux. Des dĂ©rogations seront possibles, mais elles devront ĂŞtre justifiĂ©es par une incapacitĂ© technique ou matĂ©rielle, constatĂ©e par l’autoritĂ© en charge de la sous-traitance, qui sera mise en place.
Le texte impose Ă©galement des clauses de transfert de compĂ©tences et de technologies pour renforcer l’expertise des acteurs locaux. En ce qui concerne la rĂ©munĂ©ration des sous-traitants, une avance de dĂ©marrage de 30 % du montant du contrat sera dĂ©sormais obligatoire, avec un dĂ©lai de paiement maximal de 60 jours ouvrables, prolongeable Ă 90 jours en accord entre les parties. Des intĂ©rĂŞts moratoires seront appliquĂ©s en cas de retard de paiement. En cas de mauvaise foi de l’entreprise principale, le donneur d’ordre aura la possibilitĂ© de payer directement le sous-traitant, contournant ainsi l’intermĂ©diaire initial.
Le champ d’application de cette loi englobe tous les contrats privĂ©s et publics dans des secteurs variĂ©s tels que l’industrie, l’agro-industrie, l’Ă©nergie, les transports, les mines, le numĂ©rique, la santĂ©, le tourisme et les BTP. Elle s’appliquera Ă©galement aux projets bĂ©nĂ©ficiant d’incitations fiscales ou douanières de l’État, Ă©largissant ainsi son impact potentiel.
La Bstp-CM, acteur central dans l’Ă©laboration de ce texte lĂ©gislatif, attend de cette loi une transformation structurelle du secteur. En huit ans d’activitĂ©s, la plateforme a permis de conclure 242 contrats pour un montant cumulĂ© de plus de 41 milliards FCFA en 2022, contribuant Ă la crĂ©ation de milliers d’emplois. L’entrĂ©e en vigueur de cette lĂ©gislation devrait renforcer cette dynamique, en sĂ©curisant les relations contractuelles et en consolidant la place des PME dans les chaĂ®nes de valeur des grands projets.
Amelie Yandal



