Rarement la famille fondatrice du Groupe Castel s’était exprimée publiquement sur ses affaires internes. Après plusieurs mois de silence, la majorité de ses membres a choisi de sortir de sa réserve pour défendre la stabilité de l’un des plus importants groupes privés français. Dans une déclaration rendue publique le 31 août, ils prennent leurs distances avec les initiatives judiciaires menées par Romy Castel, estimant que celles-ci ne reflètent pas la position de la famille dans son ensemble et risquent d’alimenter une controverse préjudiciable à l’entreprise, à ses salariés et à ses partenaires.
Au cœur de cette mise au point figure la gouvernance patrimoniale imaginée par Pierre Castel, fondateur du groupe. Les signataires rappellent que le Groupe Castel appartient aujourd’hui à un fonds de droit singapourien dont les bénéficiaires économiques sont répartis entre cinq branches familiales, chacune détenant indirectement 20 % des intérêts. Cette architecture, conçue pour empêcher toute domination d’une branche sur une autre, est présentée comme le socle de l’équilibre actionnarial du groupe. Les membres de la famille soulignent ainsi que Romy Castel ne représente qu’une seule de ces cinq branches et ne saurait, selon eux, parler au nom de l’ensemble des héritiers.
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Au-delà du différend familial, cette prise de parole traduit un enjeu économique majeur. Présent dans les boissons, le vin, la bière, l’eau minérale et l’agroalimentaire, le Groupe Castel constitue l’un des premiers acteurs privés en Afrique francophone. À travers Castel Afrique, SABC au Cameroun, SOBEBRA au Bénin ou encore SOLIBRA en Côte d’Ivoire, le groupe emploie plusieurs dizaines de milliers de collaborateurs et occupe des positions dominantes sur de nombreux marchés. Pour ces entreprises, la stabilité de l’actionnariat et de la gouvernance représente un facteur déterminant de continuité des investissements, de la production et des relations avec les partenaires financiers.
Les auteurs du communiqué insistent d’ailleurs sur cette dimension. Ils réaffirment leur attachement à « la continuité et à la stabilité de la gouvernance », estimant que la direction doit pouvoir exercer ses responsabilités « pleinement et sereinement » dans l’intérêt du groupe. Cette position intervient alors que les litiges familiaux ont suscité de nombreuses spéculations dans les médias spécialisés et devant plusieurs juridictions. Sans commenter le fond des procédures en cours, les signataires disent privilégier une résolution respectueuse de l’équilibre voulu par Pierre Castel et souhaitent un retour à des relations apaisées entre les cinq branches familiales.
Pour les observateurs, cette déclaration constitue surtout un signal adressé aux marchés, aux banques et aux partenaires industriels. Dans les grands groupes familiaux, les conflits d’actionnaires peuvent fragiliser la perception de la gouvernance et peser sur les décisions d’investissement. En affichant publiquement son unité, la majorité de la famille Castel cherche à rassurer sur la capacité du groupe à poursuivre son développement sans remise en cause de son organisation. Pour un acteur qui demeure l’un des principaux investisseurs privés dans les filières des boissons et de l’agro-industrie en Afrique, l’enjeu dépasse le cercle familial : il touche directement à la confiance des partenaires, à la pérennité des opérations et à la continuité d’un modèle entrepreneurial construit depuis plus de sept décennies.
Anatole Bidias



