Après une campagne 2024-2025 exceptionnelle, la filière cacao camerounaise a connu un net ralentissement au cours de la saison 2025-2026. Les chiffres publiés par l’Office national du cacao et du café (ONCC) révèlent une contraction simultanée de la production, des exportations et des revenus générés par l’un des principaux piliers agricoles du pays. La production nationale commercialisée s’est établie à 247 914 tonnes, contre 309 518 tonnes un an plus tôt, soit une baisse de 20 %. Cette diminution a directement affecté les recettes issues des ventes internationales, tombées à 580,43 milliards de FCFA, contre 1 410,85 milliards de FCFA lors de la campagne précédente, représentant une chute de 58,8 %.
Le recul de la production s’est également répercuté sur les activités de transformation locale. Les entreprises industrielles et artisanales du secteur ont traité 95 946 tonnes de fèves durant la campagne 2025-2026, contre 109 431 tonnes lors de la saison précédente, soit une baisse d’environ 12 %. Cette évolution traduit les difficultés d’approvisionnement rencontrées par les transformateurs camerounais, alors que le pays ambitionne depuis plusieurs années d’accroître la transformation locale afin de capter davantage de valeur ajoutée sur la chaîne mondiale du cacao.
Sur les marchés locaux, les producteurs ont été confrontés à une forte instabilité des prix. Après avoir atteint des niveaux records lors des campagnes 2023-2024 et 2024-2025, soutenus par les tensions sur l’offre mondiale, notamment en Afrique de l’Ouest, les cours ont connu une correction brutale. Au Cameroun, le prix bord champ payé aux producteurs a évolué entre 4 300 FCFA/kg et 700 FCFA/kg au cours de la campagne 2025-2026, atteignant son niveau le plus bas des cinq dernières années. Cette volatilité a pesé sur les revenus des planteurs et sur la visibilité économique des acteurs de la filière.
À cette pression économique s’est ajoutée une contrainte phytosanitaire majeure. Quelques semaines après le lancement officiel de la campagne, le 7 août 2025 à Mbankomo, dans la région du Centre, une épidémie de gousse noire a été signalée dans le Sud-Ouest, l’un des principaux bassins de production du pays. Cette maladie fongique affectant les cabosses du cacaoyer peut provoquer d’importantes pertes agricoles et réduire les rendements des exploitations touchées. Les autorités agricoles ont alors renforcé la surveillance dans les zones concernées afin de limiter la propagation du phénomène.
Malgré ce recul, le cacao demeure un secteur stratégique pour l’économie camerounaise. La production nationale repose sur huit régions, avec une domination du Centre, qui représentait 45,8 % des volumes commercialisés lors de la campagne 2024-2025, devant le Sud-Ouest (19,9 %) et le Littoral (18,85 %). Les autres bassins de production comprennent notamment l’Est, le Sud, le Nord-Ouest, l’Ouest et l’Adamaoua, avec des contributions plus limitées.
À l’international, le cacao camerounais reste principalement orienté vers les marchés européens. L’Europe absorbe 84,62 % des exportations, soit environ 113 528 tonnes, devant l’Asie avec 14,24 % représentant 19 107 tonnes. Le continent africain demeure un débouché marginal avec seulement 1,13 % des volumes exportés, soit environ 1 515 tonnes. Cette forte dépendance aux marchés extérieurs expose la filière aux fluctuations des cours mondiaux et aux variations de la demande internationale.
La campagne 2025-2026 rappelle ainsi la vulnérabilité structurelle de la filière cacao camerounaise face aux aléas climatiques, sanitaires et financiers. Après une saison record, le secteur doit désormais relever plusieurs défis : sécurisation des rendements agricoles, amélioration de la transformation locale et réduction de l’exposition aux fluctuations du marché mondial. Pour les entreprises de la chaîne cacao, l’enjeu sera de transformer cette période de tension en opportunité de modernisation et de montée en gamme.
Tressy Chouente



