Après plusieurs années de turbulences financières, la Société des eaux minérales du Cameroun (SEMC) semble avoir retrouvé un équilibre durable. Les comptes audités de l’exercice 2025 confirment la solidité financière de la filiale camerounaise du groupe Castel, productrice des marques Tangui et Vitale. Si l’entreprise consolide progressivement ses résultats, elle évolue désormais dans un marché arrivé à maturité, où la conquête de nouvelles parts de marché devient plus complexe.
Les chiffres illustrent ce changement de cycle. Le chiffre d’affaires est passé de 6,47 milliards de FCFA en 2018 à 8,45 milliards en 2019, puis 8,57 milliards en 2020, avant de dépasser le seuil des 10 milliards de FCFA à partir de 2022. Depuis, l’activité progresse à un rythme plus modéré : 9,79 milliards en 2023, 10,10 milliards en 2024 et 10,43 milliards de FCFA en 2025. Cette évolution traduit davantage une phase de consolidation qu’une nouvelle accélération de la croissance.
Cette stabilisation intervient après un important redressement. Entre 2016 et 2018, la société avait enregistré trois exercices déficitaires successifs, fragilisant sa situation financière. Depuis, la SEMC a progressivement restauré ses équilibres, portée par une meilleure maîtrise de ses coûts et par le maintien de ses positions commerciales sur le marché des eaux embouteillées, malgré une concurrence particulièrement vive.
La rentabilité poursuit néanmoins sa progression. En normes SYSCOHADA, le bénéfice net atteint 841 millions de FCFA en 2025, contre 772 millions un an plus tôt, soit une hausse de 9 %. En référentiel IFRS, le résultat ressort à 899,5 millions de FCFA, les écarts s’expliquant par des traitements comptables différents. L’entreprise affiche par ailleurs une situation financière saine, sans endettement bancaire et avec une trésorerie nette positive, un profil relativement rare parmi les sociétés industrielles cotées en Afrique centrale.
Cette solidité financière ne s’est toutefois pas encore traduite par une rémunération importante des actionnaires. Après huit années sans dividendes, les bénéfices ont essentiellement servi à résorber les pertes accumulées entre 2016 et 2018. En 2025, le taux de distribution demeure limité à environ 18 %, l’entreprise privilégiant le renforcement de ses fonds propres et le financement de son développement.
Sur le marché camerounais des eaux minérales, la concurrence reste intense. Longtemps leader, Tangui fait désormais face à la montée en puissance de nouveaux acteurs, notamment Source du Pays, tandis que les coûts de production, de transport et de l’énergie continuent de peser sur les marges. Dans ce contexte, la capacité de la SEMC à renouer avec une croissance à deux chiffres dépendra autant de l’innovation que de sa faculté à conquérir de nouveaux segments de marché. Pour les investisseurs, l’entreprise présente aujourd’hui le profil d’une société redevenue rentable, financièrement solide, mais appelée à trouver un nouveau moteur de croissance pour franchir un nouveau cap.
Anatole Bidias



