Le marché régional des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) vient de franchir un cap inédit. Selon les dernières données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), l’encours des bons et obligations du Trésor en circulation atteint 10 020,5 milliards de FCFA à fin mai 2026, contre un peu plus de 1 000 milliards de FCFA en 2018. Quinze ans après son lancement, ce marché s’impose désormais comme le principal instrument de financement des États de la sous-région.
Mis en place en 2011 pour remplacer progressivement le financement direct des États par la banque centrale, ce mécanisme permet aux gouvernements de lever des ressources auprès des investisseurs afin de financer les infrastructures, couvrir les déficits budgétaires ou refinancer les échéances de dette. Les Obligations du Trésor assimilables (OTA) concentrent désormais 81,3 % de l’encours total, illustrant le recours croissant aux financements de moyen et long terme.
La répartition des encours confirme le poids de quelques signatures souveraines. Le Gabon domine avec 3 104,3 milliards de FCFA, devant le Congo (2 966,2 milliards), le Cameroun (1 972,1 milliards), le Tchad (1 145,5 milliards), la République centrafricaine (428,3 milliards) et la Guinée équatoriale (404 milliards). À eux seuls, le Gabon et le Congo concentrent près de 61 % du marché régional, tandis que le Cameroun en représente près d’un cinquième.
Cette progression masque toutefois plusieurs fragilités. En mai 2026, le coût moyen des émissions est monté à 9,73 %, contre 8,08 % un mois plus tôt, tandis que le taux moyen de souscription est tombé de 77,14 % à 72,08 %. Ces indicateurs traduisent un financement plus coûteux pour les États et un appétit moins marqué des investisseurs lors des adjudications.
Autre sujet de préoccupation : la concentration du risque souverain dans les bilans bancaires. Principaux acquéreurs des titres publics via leur statut de Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT), les banques voient leur exposition aux États augmenter régulièrement. Le FMI estime qu’elle est passée d’environ 10 % des actifs en 2015 à près de 31 % fin 2023, certains établissements dépassant même 50 %. Cette situation réduit progressivement leur capacité à financer le secteur privé et renforce les risques pesant sur la stabilité financière.
Face à ces défis, la BEAC et le FMI plaident pour un développement du marché secondaire afin d’attirer davantage d’investisseurs institutionnels, notamment les compagnies d’assurance et les fonds d’investissement. L’enjeu est d’autant plus important que les États de la CEMAC prévoient de lever plus de 4 000 milliards de FCFA sur ce marché en 2026. Après avoir franchi le seuil symbolique des 10 000 milliards de FCFA, le marché régional de la dette publique entre ainsi dans une nouvelle phase de maturité, où la diversification des investisseurs sera aussi déterminante que la maîtrise de l’endettement des États.
Tressy Chouente



