Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC.
À Yaoundé, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a dressé un bilan légèrement plus favorable des équilibres extérieurs de la sous-région. Réunis dans le cadre de la deuxième session ordinaire du Comité de politique monétaire (CPM), les gouverneurs ont relevé une consolidation progressive des réserves de change, dans un environnement international encore incertain mais porté par plusieurs facteurs conjoncturels.
Selon les projections de l’institution, les réserves en devises devraient atteindre 4,72 mois d’importations de biens et services à fin 2026, contre 4,12 mois un an plus tôt. Cette progression, qualifiée de modérée mais significative, traduit une amélioration de la mobilisation des flux extérieurs et une meilleure disponibilité de liquidités en devises dans la zone.
Plusieurs leviers expliquent cette évolution. Le premier concerne le retour des émissions obligataires internationales, avec plusieurs États de la CEMAC ayant procédé à des levées de fonds sur les marchés financiers mondiaux au premier trimestre 2026. Ces opérations ont permis de renforcer les entrées de devises dans la région et de soutenir les réserves de change.
Autre facteur clé : le rapatriement de ressources publiques stratégiques, notamment les fonds de restauration des sites miniers et pétroliers du Gabon détenus par Gabon Oil Company. Leur retour dans le circuit bancaire régional a contribué à améliorer les avoirs extérieurs nets de la sous-région, selon les précisions du gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui.
La hausse des cours du pétrole, observée dans un contexte de tensions au Moyen-Orient, a également joué un rôle d’amortisseur. Les pays producteurs de la CEMAC ont enregistré des recettes supplémentaires, dont une partie a été rapatriée, contribuant à renforcer les réserves en devises. Dans une économie encore fortement dépendante des hydrocarbures, cette variable demeure structurante pour les équilibres extérieurs.
Sur le plan monétaire, la BEAC a parallèlement ajusté son orientation afin de soutenir le financement de l’économie tout en préservant la stabilité des prix. Le CPM a abaissé le taux des appels d’offres de 4,75 % à 4,50 %, et le taux de facilité de prêt marginal de 6,25 % à 5,75 %, marquant un léger assouplissement de la politique monétaire.
Dans le même mouvement, les coefficients de réserves obligatoires ont été réduits, passant de 7 % à 6,5 % sur les exigibilités à vue et de 4,5 % à 4 % sur les exigibilités à terme. Le taux de facilité de dépôt est resté inchangé à 0 %, confirmant une orientation prudente mais accommodante de la politique monétaire régionale.
Sur le plan macroéconomique, la BEAC anticipe un léger ralentissement de la croissance régionale à 3,2 % en 2026, contre 3,4 % en 2025. L’inflation devrait toutefois rester contenue à 2,4 % en moyenne annuelle, contre 2,1 % un an plus tôt, restant dans les normes communautaires malgré une légère tension des prix.
Dans ce contexte, l’institution monétaire met en avant une amélioration réelle mais encore fragile des équilibres extérieurs de la CEMAC. Si les réserves de change progressent, elles demeurent exposées à la volatilité des cours des matières premières et aux comportements de rapatriement des recettes d’exportation. L’enjeu central reste donc la transformation de cette embellie conjoncturelle en stabilité structurelle durable.



