Yves Roger Melingui, directeur général de la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ).
Quatre mois après son lancement opérationnel, la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ) affiche déjà des ambitions à la mesure du potentiel économique qu’elle entend révéler. Présenté lors du Salon PROMOTE 2026 comme l’un des projets les plus structurants du Cameroun, ce complexe industrialo-portuaire veut faire de Kribi un centre névralgique de l’industrie, de la logistique et de la transformation des ressources naturelles en Afrique centrale.
Lors d’une conférence organisée en marge du salon, les responsables du projet ont présenté les premiers jalons de cette initiative appelée à renforcer l’attractivité économique du Cameroun. Aux côtés d’Yves Roger Melingui, directeur général de KPIZ, figuraient Patrice Melom, président du conseil d’administration de la société et directeur général du Port autonome de Kribi, ainsi que Léandre Bassolé, directeur général de la Banque africaine de développement (BAD) pour l’Afrique centrale. Tous ont insisté sur le rôle stratégique que pourrait jouer la future zone dans l’industrialisation du pays et l’intégration économique régionale.
Le modèle développé repose sur une connexion étroite entre infrastructures portuaires, énergie, logistique et activités manufacturières. Implantée sur plus de 4 000 hectares, la zone est destinée à accueillir des industries de transformation, des plateformes logistiques et des services à forte valeur ajoutée. Cette importante réserve foncière constitue l’un des principaux avantages compétitifs du projet dans une région où les espaces industriels aménagés restent limités.
Pour l’heure, les équipes concentrent leurs efforts sur la structuration institutionnelle de la société, la réalisation des études techniques, environnementales et sociales, ainsi que l’intégration progressive des opérateurs déjà présents sur le site. Cette phase préparatoire vise à créer un environnement favorable à l’installation des investisseurs et à répondre aux exigences des partenaires financiers internationaux.
L’enjeu financier est à la hauteur des ambitions affichées. Le coût global du projet est estimé à près de 795 millions d’euros, soit plus de 520 milliards de FCFA. La première phase nécessitera environ 262 milliards de FCFA, avec le soutien attendu de partenaires tels que la Banque africaine de développement, l’International Finance Corporation (IFC) et l’initiative européenne Global Gateway. L’objectif est de bâtir un écosystème industriel capable de générer de la valeur ajoutée locale, des emplois durables et de nouvelles opportunités d’investissement.
Au-delà des infrastructures, KPIZ entend favoriser la transformation locale des matières premières camerounaises. Bois, produits agricoles, minerais, matériaux de construction et activités logistiques figurent parmi les filières ciblées afin de réduire progressivement la dépendance du pays aux exportations de produits bruts.
Le succès du projet dépendra toutefois de plusieurs facteurs déterminants, notamment la qualité des infrastructures de transport reliant Kribi à l’hinterland, la compétitivité du climat des affaires et la disponibilité énergétique. Les promoteurs annoncent déjà une capacité électrique initiale de 120 MW, extensible à 400 MW à moyen terme pour accompagner la montée en puissance des activités industrielles.
Pour de nombreux observateurs, KPIZ représente bien plus qu’une simple extension du complexe portuaire de Kribi. Le projet pourrait devenir l’un des principaux moteurs de l’industrialisation du Cameroun et un levier majeur de l’intégration économique sous-régionale. Si les investissements, les infrastructures et la gouvernance suivent le rythme des ambitions affichées, Kribi pourrait progressivement s’imposer comme le principal hub industriel et logistique d’Afrique centrale.



