Alors que le secteur aérien camerounais affiche une dynamique de reprise, avec environ 1,8 million de passagers enregistrés en 2025 selon l’Autorité aéronautique du Cameroun (CCAA), certaines compagnies étrangères continuent de revoir leur présence sur le marché. C’est le cas de Kenya Airways, qui a officialisé l’arrêt de ses liaisons passagers avec Douala à compter du 19 juin 2026.
Dans une correspondance datée du 12 juin, la direction pays de la compagnie pour le Cameroun et le Gabon évoque une « revue de routine du réseau » ayant conduit à une rationalisation des lignes. Cette réorganisation stratégique vise, selon le transporteur, à optimiser les performances opérationnelles et à renforcer la rentabilité globale du groupe. Les passagers concernés disposent d’un délai de remboursement fixé au 31 août 2026, tandis que certaines opérations cargo et vols non réguliers seront maintenus.
Ce retrait marque l’aboutissement d’une lente érosion de la présence de la compagnie kenyane sur le marché camerounais. Les données de la CCAA révèlent une chute continue du trafic, passé de 86 139 passagers en 2019 à seulement 16 551 en 2022, soit une baisse de plus de 80 % en trois ans. Entre 2021 et 2022, le recul atteint à lui seul 35 %, traduisant une perte progressive de parts de marché au profit de concurrents régionaux.
À l’échelle du marché, Kenya Airways s’était progressivement retrouvée distancée par des acteurs comme Ethiopian Airlines ou Air Sénégal, qui ont renforcé leur position sur les liaisons intra-africaines. Sa part de marché au Cameroun est tombée à environ 1,59 %, un niveau jugé insuffisant pour maintenir la rentabilité de la ligne dans un contexte de coûts opérationnels élevés et de concurrence accrue.
La suspension des vols vers Douala réduit par ailleurs les options de connexion directe entre l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est. Un segment stratégique dans lequel Ethiopian Airlines continue de consolider sa position dominante grâce à son hub d’Addis-Abeba, devenu l’un des principaux points de transit du continent.
Pour les Aéroports du Cameroun (ADC), cette décision pourrait entraîner une contraction marginale des revenus liés aux redevances passagers et aux services associés. Toutefois, le maintien des activités cargo par Kenya Airways permet de préserver une partie du flux aérien entre les deux zones économiques.
Présente depuis plusieurs décennies sur le marché camerounais, la compagnie opérait ses dessertes vers Nairobi à l’aide d’appareils de type Embraer E190 et Boeing 737-800. Malgré ce retrait, Kenya Airways n’écarte pas un retour à moyen terme, évoquant dans sa communication la possibilité de « reprendre les services passagers à l’avenir », en fonction de l’évolution des conditions de marché.
Dans un contexte où le transport aérien africain reste marqué par des coûts élevés, une forte sensibilité à la demande et une concurrence croissante entre hubs régionaux, ce retrait illustre les recompositions en cours du ciel africain, où seules les lignes les plus rentables et structurées parviennent à se maintenir durablement.
Amélie Yandal



